Description de l'institution
L'expérience du
canton de Vaud, Suisse
Introduction
Comme vous le savez, la Suisse est un état fédéral :
la Confédération helvétique. Notre pays compte
3000 communes groupées en 20 cantons et 6 demi-cantons
souverains. Ces cantons exercent tous les droits d'états
indépendants (notamment en matière de fiscalité,
de droit d'établissement, de marchés publics). Ils ont
leur propre constitution, leurs propres lois. Chaque canton est par
conséquent doté d'un pouvoir législatif, d'un
pouvoir exécutif et d'un ordre judiciaire. Ces états
que sont les cantons ont cependant transféré certains
de leurs droits à la Confédération, notamment en
matière de défense nationale, de monnaie ou encore de
représentation à l'étranger.
Chaque canton et chaque commune a ses armoiries (drapeaux).
Le pouvoir législatif fédéral est de la
compétence d'un parlement, l'Assemblée fédérale,
composé de deux chambres aux pouvoirs égaux: le Conseil
des États (46 membres), représentation des cantons et
le Conseil National (200 membres), représentation du peuple.
L'accord des deux chambres est indispensable pour assurer la validité
des lois et des arrêtés fédéraux. Le
parlement siège à Berne.
Le pouvoir exécutif fédéral (Conseil fédéral)
a également son siège à Berne ; il est
composé de sept membres, les Conseillers fédéraux,
élus tous les quatre ans par les deux chambres de l'Assemblée
fédérale. Chaque année, les mêmes chambres
élisent un Président de la Confédération
choisi parmi les sept Conseillers en activité.
Les quatre langues nationales sont l'allemand, le français,
l'italien et le romanche.
Les Ombudsmen parlementaires en Suisse
Dans un tel système, on pourrait imaginer que la Confédération
s'est dotée d'un ombudsman fédéral ainsi que
de 26 ombudsmen cantonaux. Il serait également possible que
les grandes communes soient toutes dotées d'un médiateur
administratif tandis que les petites communes se regrouperaient pour
faire bénéficier leur population d'une telle
institution.
Or l'ombudsman parlementaire (ou médiateur administratif)
n'est pas une institution répandue dans notre pays ; il
n'existe pas encore de bureau fédéral de médiation
administrative (Ombudsman fédéral). Le premier
poste d'Ombudsman fut créé en 1970 par la ville
(commune) de Zurich, suivie par le canton de Zurich en 1978, puis par
les cantons de Bâle Ville en 1988 et de Bâle Campagne en
1989. Les villes de Berne et Winterthour ont mis en place de telles
institutions en 1996 et 1997.
Trois cantons (dont deux demi-cantons) et trois communes offrent donc
à leur population les services d'un ombudsman, lequel est
élu par le parlement cantonal ou communal. Les ombudsmen ont
été élus après que le canton,
respectivement la commune, a promulgué une loi (cantonale) ou
un règlement (communal).
Présentation du Bureau cantonal de médiation
administrative
Bref portrait du canton de Vaud
Sur une superficie de 3'212 km2, le canton de Vaud compte
621'784 habitants dont 26,4% sont étrangers.
Il a des frontières avec la France et est limitrophe des
cantons de Genève, de Fribourg, du Valais et de Neuchâtel,
quatre états à majorité francophone. Il est
composé de 19 districts et 384 communes. Au plan fédéral,
il est représenté par 17 Conseillers nationaux et 2
Conseillers aux États.
La naissance du bureau et la question des bases légales
Le canton de Vaud est le seul à avoir entrepris, en 1998, la
création d'une fonction de médiation administrative
sous forme de projet. Voté par le Grand Conseil (parlement),
et faisant partie du « Programme de réallocations »,
ce projet, intitulé Bureau cantonal de médiation
administrative, est intégré à la Modernisation
des Institutions et élaboré dans une optique de qualité
des prestations du service public.
Le Bureau cantonal de médiation administrative mène de
front l'expérience de bons offices et l'élaboration
d'une loi. Son activité est régie par un arrêté
du Conseil d'État (exécutif cantonal): l'Arrêté
du 21 octobre 1998 concernant la mise en activité à
titre expérimental d'un bureau cantonal de médiation
administrative.
Cette phase expérimentale est programmée jusqu'à
fin 2004 au plus tard. A cette date, le projet de loi devrait avoir
été adopté par le parlement vaudois (Grand
Conseil) et le médiateur être élu par le même
Grand Conseil. L'élaboration de l'avant-projet de loi se
base sur les législations des autres cantons mais aussi sur
les expériences concrètes du bureau.
Il est nécessaire de préciser que, parallèlement,
le Canton de Vaud a révisé sa constitution ; le 7
février 1999, le peuple vaudois a élu son Assemblée
constituante (180 constituants) chargée d'élaborer la
nouvelle constitution vaudoise.
Laquelle comporte
un article sur l'institution d'une médiation
administrative, avec un médiateur élu par le Grand
Conseil. Le peuple vaudois l'a adoptée le 22 septembre 2002.
Par conséquent, il existe maintenant un mandat constitutionnel
impératif qui enjoint le législateur d'instituer
durablement une médiation administrative.
L'activité du Bureau cantonal de médiation
administrative
L'administration cantonale vaudoise (ACV) est composée de 49
services et offices avec lesquels le bureau est habilité à
traiter, en ayant accès à toute information utile, ceci
par voie d'arrêté.
Le bureau est ouvert à toutes les personnes, indépendamment
de leur domicile ou de leur nationalité, qui sont en relation
avec l'administration cantonale vaudoise.
Prestations
Les prestations du bureau découlent directement de l'arrêté
qui base légalement son activité. Principaux
bénéficiaires de ces prestations :
Les
usagers de l'administration cantonale vaudoise.
Les
personnes cherchant à être orientées vers la
bonne instance, qu'elle soit privée ou publique.
L'administration
cantonale vaudoise.
Le bureau agit en deçà de la seule médiation
administrative puisqu'il informe, oriente, aide les administrés
dans leurs relations avec l'administration cantonale vaudoise et ce
même avant qu'un quelconque problème se pose pour
l'usager dans ses relations avec l'administration.
Liste des prestations
Accueillir
les demandes émanant des usagers.
Exercer
une activité de bons offices en ayant pour buts de :
favoriser
la prévention ainsi que la résolution à
l'amiable des conflits entre le service public cantonal et les
usagers ;
aider
les usagers dans leurs rapports avec le service public cantonal,
notamment préserver leurs droits et leurs intérêts,
et servir d'intermédiaire lors de différends ;
contribuer
à déceler les dysfonctionnements et proposer des
améliorations du service public cantonal ;
encourager
le service public cantonal à instaurer des relations
affables avec les usagers ;
protéger
le service public cantonal contre les reproches infondés.
Répondre
aux demandes des services de l'ACV concernant leurs relations avec
les usagers de l'administration.
Donner
aux acteurs du conflit la possibilité de se réunir.
Établir
un état des lieux complets de la situation conflictuelle lors
de séances de médiation.
Rechercher,
dans la mesure du possible, avec l'autorité concernée
et avec le requérant, une solution de nature à donner
satisfaction aux deux parties.
Dossiers traités en 2001
Dès avant la pratique, il a été décidé
que toute demande serait prise en considération et ce même
si elle ne concerne pas le champ d'action de la médiation
administrative; ces demandes (classées sous « Hors
champ d'action »)
sont réorientées vers des associations privées,
des instances communales, la permanence de l'Ordre des avocats
vaudois, etc. Il s'agit là d'offrir un service
personnalisé et de proximité aux habitants du canton de
Vaud. Il convient par ailleurs de signaler ici que nombre des
situations définies comme « Hors champ d'action »
concernent en réalité l'ACV, mais sont exclues du
champ d'action ; ce sont, entre autres, des « litiges
entre les fonctionnaires et autres employés de l'État
et les autorités, dans la mesure où elles concernent
les relations de travail. »
Les demandes qui sont adressées au bureau pour des conflits de
travail sont réorientées vers le Bureau de réinsertion
professionnelle du service du personnel, les associations de
personnel et le groupe Impact (médiation pour les conflits
concernant les relations de travail à l'interne de l'ACV).
Concernant les situations entrant dans le champ d'action, le
traitement des situations a été divisé en deux
catégories :
« abouties » : situations qui ont été
traitées jusqu'à résolution ;
« pendantes » : situations en traitement
mais non encore résolues.
Dossiers de l'année 2001
|
Type
de dossiers
|
Entrés
en 1999 et 2000, en traitement en 2001
|
Entrés
en 2001
|
Dossiers
traités en 2001
|
|
Hors
Champ d'action
|
|
77
|
77
|
|
In
Champ d'action
|
|
Pendants
|
14
|
32
|
46
|
|
Aboutis
|
26
|
135
|
161
|
|
Total
in Champ d'action
|
40
|
167
|
207
|
|
Total
des dossiers
|
40
|
244
|
284
|
Moyennes mensuelles de l'année 2001
|
Type
de dossiers
|
Dossiers
entrés en 2001
|
Dossiers
traités en 2001
|
|
Hors
champ d'action
|
6,4
|
6,4
|
|
In
Champ d'action
|
|
Pendants
|
2,6
|
3,8
|
|
Aboutis
|
11,2
|
13,4
|
|
Moyenne
mensuelle in Champ d'action
|
13,91
|
17,25
|
|
Moyenne
mensuelle du total des dossiers
|
20,33
|
23,66
|
Nombre de demandes
A titre de comparaison, on signalera que, en 2001, nous avons eu 167
demandes entrant dans notre champ d'action, contre 151 en 2000 (+
7%)
Dossiers traités
En 2000, nous avions traité 191 dossiers. Nous en avons traité
207 en 2001 (+ 8%).
Modalités de traitements
En 2001, nous avons fait aboutir 161 dossiers. Dans la majorité
(141) des cas, une écoute attentive de l'usager et des
compléments d'information fournis par le service (83
remontées administratives) ont permis de clore le dossier ;
soit que l'usager n'ait pas compris la décision, soit que
les contacts avec le service aient fait accélérer le
traitement d'un dossier. L'administration a revu sa décision
20 fois. Une seule recommandation a été émise et
un expert a été désigné dans un cas
particulièrement complexe.
Relations du bureau avec l'administration cantonale
Avant d'ouvrir le bureau, pendant la phase de conception théorique
et pratique de la fonction, la médiatrice a eu de nombreux
contacts avec les services et les employés de
l'administration. Puis, dès octobre 1998, étant
entrée dans la phase d'expérimentation, elle mis en
place un réseau de relations formelles et informelles au sein
de l'administration. Cela permet de traiter très vite et très
simplement certains dossiers, par simple coup de téléphone
ou par échanges de messages électroniques.
Les relations entre le bureau et l'ACV sont donc, en règle
générale, bonnes ; certains services n'hésitent
pas à demander l'avis de la médiatrice au sujet du
traitement d'un dossier ou lorsqu'il s'agit de concevoir des
documents (lettres-types, prospectus, etc.) à l'intention
des usagers.
Une structure expérimentale
Le fait de mettre en place une telle fonction à titre
expérimental est en l'occurrence un avantage : le
bureau cantonal de médiation administrative n'a pas tant été
perçu comme un nouvel organe de contrôle de
l'administration que comme une prestation supplémentaire
offerte aux citoyennes et aux citoyens, et comme un outil de
communication mis au service des employés de l'administration.
On aura remarqué que les demandes des usagers ne concernent
pas, dans leur grande majorité, des décisions qui
exigent d'être modifiées (en 2001, 141 sur 161 se sont
résolues par écoute, explications, conseils). Pour
autant, une telle institution répond aux buts qui lui sont
fixés, entre autres :
favoriser la prévention ainsi que la résolution à
l'amiable des conflits entre le service public cantonal et les
administrés;
aider les administrés dans leurs rapports avec le service
public cantonal, notamment préserver leurs droits et leurs
intérêts, et servir d'intermédiaire lors de
différends;
encourager le service public cantonal à instaurer des
relations affables avec les administrés et lui éviter
des reproches infondés.
Exemples de réclamations
Trois situations traitées par le bureau
Pas de nouvelle taxation intermédiaire (1999)
Un exemple de résolution par écoute et
explications
Arrivée à l'âge de la retraite, Madame S n'a
pas quitté son activité lucrative mais réduit
son temps de travail. Ce changement de situation a fait l'objet
d'une taxation intermédiaire. Aujourd'hui, ayant
définitivement quitté son emploi, elle constate que ses
impôts sont basés sur la période pendant laquelle
elle travaillait encore à temps partiel et voudrait bénéficier
d'une seconde taxation intermédiaire. Les articles de loi
cités dans la décision font effectivement apparaître
une impossibilité de bénéficier de deux
taxations intermédiaires sur une aussi courte période.
Je [la médiatrice] lui propose de vérifier
immédiatement auprès de l'Administration cantonale
des impôts (ACI); Madame S étant présente, je
peux m'enquérir auprès d'elle pour donner des
compléments d'information au juriste de l'ACI. Il ressort
de l'entretien téléphonique que Madame S ne peut pas
bénéficier d'une seconde taxation intermédiaire.
Le juriste me motive les articles de loi concernés et me donne
des extraits de la jurisprudence. Enfin, il me rappelle que, dès
2003, la taxation sera annuelle.
Madame S prend note des informations que je lui transmets ; elle
décide de ne pas faire recours contre cette décision de
taxation et de régler dès le lendemain l'entier de
ses impôts sans attendre la perception échelonnée,
ceci bien que je lui rappelle que ce n'est absolument pas
nécessaire. Ayant constaté que cette impossibilité
de taxation intermédiaire est conforme à la loi, même
si elle la considère comme injuste, elle préfère
ne plus y penser et jouir tranquillement de sa retraite sans dépenser
son énergie dans un inutile combat. Elle se déclare
satisfaite car étant maintenant au clair sur sa situation
fiscale.
Informations à la presse ou infos au public ?
(2000)
Un exemple de résolution par adaptation, (avec une
séance de médiation)
M. C désire recevoir régulièrement État
de Vaud Info . En effet, fidèle lecteur de la Feuille
des avis officiels (FAO) et de la Gazette (Journal de la
fonction publique de l'état de Vaud) – qu'il a obtenu de
recevoir car il est retraité de la fonction publique -, il a
pu constater que les décisions du Conseil d'État ne
paraissaient pas toutes dans ces deux organes et que, par ailleurs,
les mises en consultations cantonales
ne figurent pas systématiquement dans la FAO. Je lui signale
de suite qu'État de Vaud Info est destiné
à la presse. M. C le sait mais n'est pas d'accord de
devoir passer par le filtre de la presse pour être informé.
Je vais voir le responsable du Bureau d'information et de
communication (BIC). Il me rappelle qu'État de Vaud infos
est disponible sur Internet. Je l'ai déjà signalé
à M. C qui est âgé et n'a pas l'intention de
se brancher sur ce nouveau mode d'informations et de
communications. Le BIC propose que M. C s'abonne pour la somme
d'environ 120 francs suisses annuels, à savoir les frais
coûtants.
Je ne suis pas convaincue par cette solution. En effet, il me semble
que dès cet abonnement conclu, chaque citoyen pourrait
demander le même service qui m'apparaît comme beaucoup
trop lourd pour la structure du BIC. J'en réfère au
Chancelier d'État puisque le BIC fait partie de la
Chancellerie. Il me rappelle que :
Notre bureau se lance dans une recherche et épluche une année
de FAO. Il apparaît que les mises en consultation cantonales ne
figurent pas toutes dans la FAO. Par ailleurs, on peut trouver sans
peine les réponses du Conseil d'État aux mises en
consultations fédérales, mais les mises en consultation
elles-mêmes ne paraissent pas toutes. Or les directives
internes à l'administration prévoient que ces mises
en consultation doivent être publiées. Nous préparons
un dossier sur ces recherches et le remettons au Chancelier. Qui
propose de rencontrer M. C à notre bureau et en ma présence
(séance de médiation).
Le Chancelier fait de suite savoir à M. C que les mises en
consultation cantonales doivent effectivement être publiées
et qu'il y a eu des oublis. Il a déjà donné
des directives pour que cela ne se reproduise pas. Quant aux mises en
consultations fédérales, vu leur grand nombre, le
Chancelier pense à une nouvelle directive qui prévoirait
que seules celles d'importance seront publiées.
Le Chancelier nous apprend par ailleurs que les décisions du
Conseil d'État paraissent dans la FAO à la demande
des services concernés.
Je pose la question de l'égalité de traitement quant
à l'accès à l'information qui est plus large
pour les utilisateurs d'Internet puisque État de Vaud
infos paraît sur le site de l'État de Vaud. Le
Chancelier nous rappelle qu'Internet donne de nouveaux moyens de
communication qui seraient inimaginables sans cet outil. Je signale
pour ma part qu'Internet peut être consulté dans des
« cybercafés. »
M. C demande s'il pourrait recevoir État de Vaud infos
via un fax, au cas où il en acquerrait un. Le Chancelier
accepte car il n'y aurait ni coût ni travail supplémentaire
pour le BIC ; en effet, il existe un système automatique
pour envoyer des fax et il suffirait d'introduire le numéro
de celui de M. C pour que cela soit fait sans problèmes.
L'entrevue s'interrompt sur cet accord de principe.
Remboursement d'un trop perçu d'avances
sur pension alimentaire (2000)
Un exemple de résolution par correction d'une décision
(avec une séance de médiation)
Madame V contacte le bureau car elle vient de recevoir
un commandement de payer du Service de prévoyance et d'aide
sociale (SPAS), Bureau de recouvrement des pensions alimentaires
(BRAPA); le montant est de 7000 francs, soit près du double du
revenu mensuel de Mme V. Cette poursuite fait suite à un
courrier qui date de 4 ans, lequel lui réclamait cette somme à
titre d'un trop perçu d'avances de pensions alimentaires.
Elle avait alors téléphoné au BRAPA pour
contester cette demande de remboursement puis n'avait plus eu de
nouvelles jusqu'à cette poursuite. Or Mme V, si elle admet
avoir par moments reçu des acomptes de son ex mari, est
absolument certaine de n'avoir pas reçu des acomptes d'un
montant équivalent aux avances du BRAPA. Elle se souvient
d'ailleurs qu'elle avait signalé ces avances de son ex
mari il y a quelque six ans et avait remboursé une bonne
partie du trop perçu de l'époque. Elle n'a aucune
pièce en sa possession hormis le commandement de payer et la
lettre de 1996 qui lui réclamait le même montant.
Madame V a fait opposition au commandement de payer.
Elle me signale par ailleurs que sa situation financière ne
lui permet pas de s'acquitter de cette somme.
Je prends contact avec le BRAPA qui me fait parvenir un
mémo très détaillé ainsi que partie des
pièces du dossier. Le BRAPA comprend que Mme V soit surprise
de n'avoir eu aucun rappel avant poursuite et déplore
d'avoir agi ainsi ; il se déclare prêt à
trouver un arrangement tout en retirant sa poursuite. Je refais tous
les calculs (avances, trop perçu, remboursements, etc.). Et je
ne parviens pas au même montant que le BRAPA. Je prends donc
rendez-vous pour pouvoir consulter l'entier du dossier.
*
Historique :
Madame V, divorcée, fait appel au BRAPA en 1993
pour faire une demande d'avances et de recouvrement de pensions
alimentaires. Elle perçoit alors une avance sur pension tandis
que le BRAPA entreprend les démarches de recouvrement.
En
1994, Mme V remplit un questionnaire de révision de sa
situation et c'est à la lecture de ce dernier que le BRAPA
s'aperçoit que Mme V a reçu plusieurs fois des
acomptes de pension de son ex époux (acomptes versés de
main à main). Mme V a donc,
certains mois, perçu et l'avance du BRAPA et les acomptes de
son ex mari. Le BRAPA réclame alors un remboursement du trop
perçu, lequel se monte à peu de choses près au
tiers de la somme aujourd'hui réclamée. Une entrevue
de Mme V avec le BRAPA détermine les modalités de
remboursement, à savoir une déduction mensuelle sur les
avances de pension futures.
En 1995, Mme V reçoit un nouveau questionnaire de
révision. Elle le remplit et ne mentionne alors aucun acompte
de son ex mari. Elle ne donne pas suite à une demande de
pièces complémentaires (déclaration d'impôts).
Les avances sont alors bloquées.
En 1996, audience de conciliation pour violation d'une
obligation d'entretien au (BRAPA contre ex mari) durant laquelle M
V annonce qu'il a versé des acomptes à Mme V. Or :
à
ce moment, Mme V ne touche effectivement plus d'avances du BRAPA
depuis 11 mois : vu qu'elle a accepté cette décision
du BRAPA, on peut sans peine en déduire que, depuis 11 mois,
son ex mari lui verse une pension.
le
trop perçu qu'elle avait remboursé partiellement dès
1994 concernait des versements sporadiques de son ex mari sur une
période d'un an.
lorsque
j'examine les pièces du dossier, je ne trouve pas le
procès-verbal de l'audience de 1996, je suis donc obligée
de me baser sur la note manuscrite établie par l'employée
du BRAPA qui a assisté à l'audience.
Le BRAPA, en la personne qui a assisté à
l'audience et rédigé la note d'entretien, écrit
le jour même à Mme V pour lui demander des
explications ; elle joint le procès-verbal de cette
audience au courrier. Sans réponses de Mme V, le BRAPA lui
écrit un mois plus tard et lui réclame l'entier des
avances versées, soit près de 7000 francs. Mme V est
sûre d'avoir alors téléphoné mais il n'y
a aucune note d'entretien dans le dossier.
Le BRAPA et Mme V n'ont plus aucun contact jusqu'en
2000, quand Mme V reçoit le commandement de payer pour la
somme réclamée en 1996.
*
Je prends de nombreuses notes, photocopie
plusieurs pièces et signale à une juriste du Service de
prévoyance et d'aide sociale que je suis quasi certaine
qu'il y a une erreur dans le calcul du montant dû par Mme V.
En effet, quelle que soit la manière dont on lit les pièces
à disposition, il apparaît que Mme S n'a pas reçu
indûment des avances du BRAPA pendant toute la période
mais seulement et peut-être pendant 11 mois à
dater du premier décompte de trop perçu établi
par le BRAPA. A ce stade on est sûr que de deux choses :
Début
94, Mme V a un trop perçu qui représente le tiers de
la somme réclamée par poursuite;
Début
95, Mme V a remboursé près de la moitié de ce
trop perçu.
Au vu de ce qui précède, il lui resterait
donc un millier de francs à rembourser. Mais une inconnue
subsiste quant aux onze mois (94 à 95) pendant lesquelles Mme
V a encore reçu des avances : de combien ont été
les pensions versées par l'ex mari ? En admettant que
ces onze mois soient aussi du trop perçu, on arrive à
environ 2000 francs. C'est donc au maximum la moitié de la
somme réclamée par poursuite qui est due au BRAPA.
Sur la base des informations collectées, je
refais tous les calculs et aboutis à deux sommes possibles :
soit mille, soit 3000 francs : un doute subsiste: la note
manuscrite qui suit l'audience reproduit-elle fidèlement ce
qui s'est passé ? Je réalise alors que, sans le
procès-verbal d'audience, il ne m'est pas possible de
savoir pour quel montant et pendant combien de temps l'ex mari a
versé des pensions.
J'établis une note de synthèse
à l'attention du BRAPA. La juriste se déclare
d'accord avec mes calculs et décide de se procurer le
procès-verbal. Nous fixons une date pour une séance de
médiation et je reçois le procès-verbal quelques
jours avant. Le procès-verbal de cette audience mentionne
«[…] l'accusé déclare avoir pris un
arrangement avec son ex femme et lui avoir versé directement
des acomptes mensuels de FR […]. » Mais la note
manuscrite de la personne qui a représenté le BRAPA (et
qui figure dans le suivi du dossier) nous dit : « Le
déb. apporte la preuve qu'il paie rég. Fr… par mois
à la créancière depuis ~ 2 ans […]. »
Une chose est clair : le procès-verbal ne mentionne
aucune preuve (ce qui me semble assez normal, puisque les pensions
ont été versées de main à main) et ne
détermine pas une durée de ces versements. Il est donc
moins précis que la note d'entretien mais ne nous en dit pas
plus sur les pensions qui auraient été effectivement
versées par l'ex mari et donc sur le montant du trop perçu
des avances du BRAPA. Je le signale au BRAPA dans l'attente de
notre séance.
Pendant la séance de médiation, il
apparaît :
qu'il
est certain que le montant réclamé est trop élevé
de plusieurs milliers de francs ;
que
pour autant, on ne peut être certain que d'un chiffre :
celui du premier trop perçu de 1994, déduction faite
des remboursements de Mme V.
la
juriste relit alors le procès-verbal qui mentionne une
ordonnance de renvoi rendue par le juge d'instruction en 1995.
Elle a pris le dossier avec elle : cette ordonnance figure dans
la partie consacrée au débiteur (l'ex mari) que je
n'avais pas consultée. Et alors, coup de théâtre :
la juriste nous lit un passage dans lequel M V reconnaît
devoir au BRAPA une somme qui représente les 5 sixièmes
des avances perçues par Mme V et qui lui étaient
réclamées par le BRAPA. Or, quand M V reconnaît
cette dette, Mme V ne perçoit plus d'avances du BRAPA.
Dès lors, il devient très simple de
déduire cette somme du montant réclamé à
Mme V. Le solde correspond exactement au trop perçu de 1994,
déduction faite des remboursements.
Mme V a donc encore un millier de francs à
rembourser au BRAPA. Au vu des faibles revenus de la débitrice,
la juriste propose un plan de payement pour ce solde, plan qui sera
établi par écrit. Dès que Mme V l'aura
contresigné, le BRAPA retirera sa poursuite. Quelques semaines
plus tard, le BRAPA m'annonce que Mme V n'a pas encore retourné
cette pièce. Je l'appelle et elle l'envoie aussitôt
au BRAPA en m'en donnant copie.
Mes constats :
L'erreur de montant date de 1996, quand, suite à
l'audience pénale, l'employée du BRAPA a cru
comprendre que Mme V avait en permanence touché et pension de
l'ex mari et avances du BRAPA. Cette employée a depuis
quitté l'administration. En 2000, c'est donc une nouvelle
employée qui reprend le dossier et envoie la poursuite en se
basant sur cette première interprétation des faits.
Après mon intervention, cette nouvelle employée
a repris tout le dossier mais sans remettre en question les
conclusions de sa prédécessrice. Or elle a visiblement
consacré du temps à cet examen et l'a soumis à
sa supérieure hiérarchique. Le fait que Mme V n'ait
pas contesté cette demande de remboursement autrement que par
un coup de fil permettait de croire que cette somme était
réellement due. Par ailleurs la note manuscrite plus encore
que le procès-verbal d'audience (qui ne figurait pas au
dossier de la créancière) prête à
l'interprétation qu'en a fait le BRAPA.
Reprendre le dossier, refaire les calculs, essayer de reconstituer
l'historique : ce travail de fourmi m'a pris 35 heures.
Quand on sait que le BRAPA est en surcharge permanente, on peut
aisément comprendre que de telles erreurs aient lieu, surtout
lorsqu'il s'agit de revoir un dossier qui date de plusieurs
années.
Ne pouvant pas consulter le dossier du débiteur
(qui ne m'avait pas saisie), j'avais besoin de la collaboration
du BRAPA pour pouvoir traiter cette demande jusqu'au bout.