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Communications Nationales
 
Evolution du processus démocratique nigérien de 1991 à 1999
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Niger
Evolution du processus démocratique nigérien de 1991 à 1999

Par le Professeur André Salifou
Président de la Conférence Nationale,
Ancien Président du Haut Conseil de la République (Parlement de Transition),
Ancien Ministre, Représentant personnel du
Chef de l’Etat au Conseil Permanent de la Francophonie (CPF)

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EN GUISE D’INTRODUCTION

Entre le 3 août 1960, date de la proclamation de l’indépendance, et le 29 juillet 1991, jour du démarrage des travaux de la Conférence nationale souveraine, le Niger connaît, grosso modo, trois régimes, très sensiblement différents les uns des autres. Il s’agit :


- du régime du Président Diori Hamani, animé par un parti unique, le Parti progressiste nigérien (PPN) section locale du Rassemblement démocratique africain (RDA) ;
- du régime d’exception, animé à partir du coup d’état militaire du 15avril1974 par le Conseil militaire suprême (CMS) présidé par Seyni Kountché, ancien chef d’état-major des forces armées nigériennes ;
- et du régime de la décrispation d’Ali Saïbou, successeur du général Seyni Kountché.

Le 15 avril 1974, au nom de l’ensemble de ses frères d’arme, le lieutenant-colonel Seyni Kountché déclare avoir mis fin à “quinze ans de règne jalonné d’injustices, de corruption, d’égoïsme et d’indifférence à l’endroit du peuple” et annonce “la suspension de la Constitution, la dissolution de l’Assemblée nationale, et la “suppression de toutes les organisations politiques et para- politiques”.

Un Conseil militaire suprême (CMS) va désormais diriger le pays pendant une quinzaine d’années, d’abord sous la houlette de Seyni Kountché jusqu’au 10 novembre 1987, date de sa mort, puis sous la direction du colonel et bientôt général Mi Saïbou, jusqu’à la création du Conseil supérieur d’orientation nationale (CSON) au mois de mai 1989.

Kountché a réussi à assainir la situation financière du pays, à mettre en place une machine administrative efficace, à développer le réseau routier, à accroître, y compris dans les campagnes, les infrastructures médico-sanitaires, scolaires et hydrauliques.

Malheureusement pour les Nigériens, en matière de liberté notamment, le bilan du “règne” de Kountché est totalement négatif. En effet, sous le régime du “Général”, la démocratie a choisi de prendre congé du Niger.

Une fois en selle, le Président Ali Saïbou choisit en fait de pratiquer une politique de changement dans la continuité. Celle-ci se manifeste notamment par le maintien à son poste du Premier ministre Hamid Algabid et par l’attribution de six portefeuilles ministériels à des officiers. (1)

L’armée étant ainsi rassurée, le Président Saïbou inaugure sa politique de “décrispation” en proclamant, le 18 décembre, tout en lançant un appel à la réconciliation, une amnistie générale. Cette décompression est perceptible dans la vie quotidienne. Les Nigériens découvrent en effet qu’ils peuvent désormais s’exprimer librement et sans danger sur tous les sujets et qu’il leur est permis de se promener jour et nuit, sans excès de contrôle.

Saïbou pousse plus loin l’évolution des institutions, qui avait été esquissée sous son prédécesseur. Un congrès constitue ainsi, le 18 mai 1989, un Mouvement national pour la société de développement (MNSD). Par ordonnance prise par le chef de l’État le même jour, le Conseil supérieur d’orientation nationale (CSON), qui coiffe ce parti unique, remplace comme instance supérieure de l’État le Conseil militaire suprême qui dirigeait le Niger depuis 1974.

Le CSON est destiné à jouer ce rôle jusqu’à la mise en place des nouvelles institutions, c’est-à-dire essentiellement, une Assemblée nationale et un nouveau gouvernement au lendemain d’élections générales prévues pour 1989.

Le MNSD regroupe en son sein, comme “affiliés”, diverses organisations, en tant que parties prenantes de la société de développement. Ainsi de l’Union des coopératives, de l’Association des chefs traditionnels, de celle des femmes, de la Samarya (jeunes), et aussi de l’Union des syndicats des travailleurs du Niger. Cette dernière n’est cependant pas sans s’interroger, depuis 1987, sur le bien-fondé du mot d’ordre de ‘participation responsable” qui avait auparavant régi ses rapports avec le pouvoir. Un recul qui s’est notamment manifesté lorsque la centrale s’est abstenue d’entrer dans le Bureau exécutif du CSON, au contraire de ce qu’ont fait d’autres affiliés au parti unique.

Ayant mis en place ses structures, le MND fait élire le 10 décembre 1989 les quatre-vingt-seize députés de l’Assemblée nationale, avec un taux de participation de 94,65 %. Le même jour, le général Ali Saïbou est élu, avec 99,60 % des voix, premier Président de la Ie République pour un premier mandat renouvelable de sept ans.

Ces scrutins auront été précédés, le 24 septembre, de l’adoption, avec 99,28 % de “oui” - le taux de participation étant de 95,08 % - d’une nouvelle loi fondamentale perpétuant le système de parti unique et de rôle politique de l’armée.

Des scores élevés, propres à ce type de régime, qui ont pour défaut de ne pas traduire l’état d’esprit réel de la population, surtout quand celle-ci subit les effets d’une mauvaise conjoncture économique.

Finalement Ali Saïbou connaîtra le destin de bien des réformateurs : la première satisfaction passée, la population ne verra dans ses réformes que du replâtrage et en exigera d’autres, autrement importantes.

Une étincelle suffit souvent, lorsque l’Histoire s’accélère, pour mettre le feu aux poudres. A Niamey, elle jaillit le 9 février 1990, lors d’une marche de protestation organisée par l’Union des scolaires nigériens (USN), lesquels avancent des revendications ponctuelles.

Bien qu’elle soit pacifique, leur manifestation est réprimée par les forces de l’ordre avec une brutalité qui crée l’irréparable. Les trois étudiants morts (selon les sources officielles) et la dizaine de leurs camarades blessés qui seront relevés sur le pont Kennedy pèseront lourd dans le sort du Niger, car l’événement, qui s’est déroulé alors que le Président Saïbou était en mission à l’étranger, le colonel Amadou Seyni Maïga assurant son intérim, ne sera plus appelé que la “tuerie du 9 février’ Son évocation servira de point de départ à tous les mouvements sociaux à venir, lesquels vont progressivement mettre fin au régime d’Ali Saïbou. (2)

À partir de ce 9 février, c’est en effet tout le pays qui se dresse face au pouvoir en place. Les travailleurs, qu’ils soient ou non affiliés à l’Union des syndicats des travailleurs du Niger, épousent d’autant mieux la colère de l’Union des scolaires nigériens qu’ils sont inquiets quant aux problèmes de l’austérité et de l’emploi.

Bref, la détermination des Nigériens est telle que désormais l’engagement du pays dans la voie de la démocratie semble inexorable.

Le sursaut nigérien se nourrit aussi bien sûr du nouveau contexte mondial qui s’est créé avec la chute du mur de Berlin, en novembre 1989. Comme tout pays des régions encore vierges de démocratie, le Niger sent le vent de libéralisation politique qui s’est levé à l’est de l’Europe, même si c’est d’une manière atténuée par l’éloignement et la dissemblance des situations.

Au demeurant, nombre de Nigériens ne trouvent pas leur modèle plus loin qu’au Bénin. La Conférence nationale qui s’est ouverte en mars 1990 chez ce voisin leur apparaît comme la voie royale menant à la démocratie.

Ce sont en fait les échéances financières qui vont bousculer le calendrier politique : pour sortir les caisses de l’Etat du marasme, le pouvoir veut négocier avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale les termes d’un second programme d’ajustement structurel. Pour ce faire, il annonce le 11 avril qu’il lui faut prendre de nouvelles mesures d’austérité. En réponse l’Union des syndicats des travailleurs du Niger, à l’occasion de la Fête du travail du 1 mai 1990, rejette les mesures d’austérité envisagées et revendique même ouvertement, le multipartisme.

Le général cherche à gagner du temps. Mais finalement un rapport conjoint et interne des commissions politique et sociale du CSON, mis au point assez rapidement, prévoit, en juin 1990, l’instauration d’un multipartisme à nombre de partis limité, naissant “après une période transitoire”. Au terme d’une réunion ouverte, le 16 juin, le CSON lui-même adopte “le principe de la révision de la constitution et de la Charte nationale, en vue d’une ouverture politique’

Il est grand temps car le 19 juin à la Baule, devant le sommet des chefs d’Etat de France et d’Afrique, le Président français Mitterrand lie, dans un discours mémorable, l’octroi par Paris de nouvelles aides aux progrès de ses partenaires en matière de “droits et libertés”.

Un comité chargé d’étudier la réforme des institutions ne verra pourtant le jour au Niger que le 18 septembre. Il remettra ses conclusions au CSON six semaines plus tard.

À cette prudence calculée de Saïbou répond de nouveau l’impatience populaire, malgré la nomination en octobre, en la personne de Mahamadou Halilou, d’un médiateur mandaté pour améliorer les relations du pouvoir avec les syndicalistes et les scolaires. Pour réclamer la création du multipartisme et appuyer ses autres revendications, l’Union des syndicats des travailleurs du Niger (USTN) observe, du 5 au 9 novembre 1990, une grève générale suivie au point qu’elle paralyse les centres urbains ; forte de ce succès, elle menace ensuite de déclencher un arrêt de travail illimité.

Le CSON fait l’économie de cette épreuve de force en annonçant le 15 novembre aux députés, par la voix d’Ali Saïbou, son président, qu’il opte désormais lui-même pour le multipartisme, “afin de permettre une meilleure manifestation des opinions et sensibilités”.

Ali Saïbou précise encore le 4 décembre, devant le CSON, que les partis politiques naissants peuvent déposer une demande d’agrément provisoire, en attendant que la révision de la constitution permette leur reconnaissance légale.

L’opposition, qui n’était jusqu’alors constituée que par 1’USTN (laquelle abandonnera définitivement le 10 janvier 1991 sa politique d”un pied dedans, un pied dehors” en se retirant du MNSD), de l’Union des scolaires nigériens et de membres de la société civile, se voit sensiblement renforcée par la naissance des nouveaux partis.

S’inclinant devant ce nouveau front de la contestation, qui ne cesse d’exiger la convocation d’une conférence nationale, le CSON se prononce le 16 janvier pour la tenue de telles assises.

Pour s’y préparer, le MNSD tient lui-même un congrès du 12 au 18 mars 1991. Saïbou y est réélu président du parti face à deux autres candidats, Adamou Moumouni Djermakoye et Mamadou Tandja ; mais, faisant place à ce dernier, il démissionnera de cette fonction le 13 juillet, à quelques jours de l’ouverture de la Conférence nationale, afin de se placer au-dessus des formations politiques.

Durant cette période, la pression constante des scolaires, des syndicats, des partis incite le régime déclinant à lâcher du lest en différents domaines. Un exemple en est donné en avril 1991, lors du procès devant la Cour de sûreté de l’Etat des Touaregs inculpés pour la seconde attaque, celle du 7 mai 1990, de Tchin-Tabaraden, qui se termine par leur acquittement. (3)

Si le pouvoir tient à se rénover et veut se montrer conciliant, c’est parce qu’il s’attend à avoir affaire à forte partie.

L’épreuve de force commence lors des travaux, du 13 mai au 7 juillet 1991, de la Commission nationale préparatoire à la conférence nationale (CNPCN). Celle-ci réunit en effet les représentants des institutions établies, telles que le gouvernement et l’Assemblée nationale, et les forces d’opposition : syndicats et nouveaux partis.

Pour ces dernières, le droit de vote à la Conférence doit être réservé à sept grandes “structures”, ou groupes, qui seraient : l’Union des syndicats des travailleurs du Niger (USTN), l’Union des scolaires nigériens (USN), les syndicats patronaux, les pouvoirs en place, les partis politiques, les syndicats non affiliés à l’USTN et les associations. A côté des huit cent quatre-vingt quatre membres de ces structures, qui seraient les délégués proprement dits au forum, siégeraient trois cent vingt observateurs, consultants et invités, lesquels pourraient contribuer aux débats sans pour autant participer aux scrutins.

Une telle répartition des participants semble aux pouvoirs inacceptable. Elle ne fait, selon eux, pas une place suffisante aux associations des chefs traditionnels, des femmes, des jeunes (Samarya), et à l’Union des coopératives, toutes organisations qui sont liées au Mouvement national pour la société de développement. De plus, elle laisse les soixante-quatre ruraux, dont le collectif se trouve parmi les observateurs, sans droit de vote.

Les ruraux, réplique l’opposition, seraient au contraire bien assez représentés. Selon la répartition qu’elle propose, ils figureraient en effet non seulement dans leur collectif mais aussi dans les associations (dont certaines travaillent avec les cultivateurs et les éleveurs), une des sept structures disposant du droit de vote.

Élargir à la Conférence le rôle des ruraux et des chefs ou d’autres entités proches des pouvoirs équivaudrait donc, aux yeux des opposants, à donner à ces derniers des voix supplémentaires.

Ce point de vue de l’opposition prévaut clairement dans le rapport que le CNPCN remet le 17 juin 1991 au chef de l’Etat, lequel juge en outre en le lisant que le rôle à lui réservé dans le futur est par trop minimisé. Aussi, le 28 juin, dissout-il la Commission. Un simple comité technique, présidé par le commandant Abdoulrahamane Seydou, ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, se substitue à elle.

Des décisions qui provoquent naturellement, de la part de l’opposition, une menace de paralyser le pays par des grèves, marches et meetings, si bien que, le 7juillet, abrogeant son décret précédent, Mi Saïbou rétablit la CNPCN dans ses prérogatives.

Reste, pour la Commission ressuscitée - qui, avant sa fugace dissolution, avait déjà préparé tous les textes devant servir de base de travail aux futurs conférenciers - à organiser matériellement le forum ; une tâche qui va sans heurt mais non sans contretemps.

En effet, le 27 juillet, c’est-à-dire deux jours à peine avant la date prévue pour l’ouverture des assises, le large toit en béton, pourtant soutenu par de puissantes colonnes, du bâtiment qui devait les abriter s’effondre brusquement. De là, pour les esprits disposés à tout expliquer par le surnaturel, à attribuer le sinistre aux pratiques de quelque charlatan, stipendié par des milieux gouvernementaux bien sûr, hostiles à la tenue de la Conférence, il n’y a qu’un pas. Vite franchi. Même s’il ne veut pas répondre à de telles insinuations, Ali Saïbou est bien obligé de trouver rapidement, car un retard risquerait, au plan politique, de lui être préjudiciable, un local de remplacement pour le forum national ; ainsi, aucun autre édifice suffisamment vaste n’étant disponible, finit-il par mettre à la disposition des conférenciers le palais des sports, grande bâtisse de Niamey qui porte le nom de ‘Général Seyni Kountché”.

Cette communication commence par une présentation de la Conférence nationale : ambiance générale, thèmes débattus et principales décisions. Elle se termine par une troisième partie où l’auteur expose les raisons probables qui, à ses yeux, sont à l’origine des difficultés que rencontre le processus démocratique nigérien. Auparavant, l’évolution de ce même processus entre la fin de la Conférence nationale (novembre 1991) et l’élection du premier Président de la Ve République aura été analysée.

PREMIÈRE PARTIE

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LA CONFÉRENCE NATIONALE SOUVERAINE

En ouvrant, l’après-midi du 29 juillet 1991, la Conférence nationale, le Président Saïbou lance aux mille deux cent quatre (1204) participants un appel pour que les mesures qu’ils arrêteront, “sans préjugés ni utopie”, puissent être mises “effectivement en oeuvre”. La conjoncture économique, sociale et financière “particulièrement difficile”, relève-t-il, exige une attitude “responsable”.

S’il élève d’entrée de jeu le débat par cet appel au réalisme, le chef de l’État n’en oublie pas pour autant de défendre, une fois de plus, ses positions. Relevant que ses auditeurs ont le pouvoir d’approuver ou de modifier les propositions de la Commission préparatoire, il souligne en effet qu’il ne saurait y avoir, à la réunion qui commence, des Nigériens ayant le droit de vote à côté de compatriotes “qui observent et qui subissent”.

Par deux fois, le lendemain, le matin et l’après-midi, les délégués des pouvoirs engagent le duel à ce sujet, sous la forme d’une “question préalable”. Ils y demandent qu’avant tout examen de ses projets de statuts et de règlement, la Conférence ouvre un débat sur les “quotas” de représentation accordés aux différentes organisations, ainsi que sur la “discrimination faite entre les délégués avec droit de vote et les autres”. A chaque fois la sanction tombe, identique : procédant à un scrutin par “structure”, chacune disposant d’une voix, la Conférence rejette la question préalable par six votes contre un, celui des pouvoirs. Sous le choc de leur cuisante défaite, les délégués du gouvernement, de l’Assemblée nationale et du Conseil national de développement, ainsi que les représentants de l’Union des coopératives et de l’Association des chefs traditionnels, se retirent alors de la salle, où l’on notait déjà l’absence de l’armée.

L’apaisement viendra pourtant le 1 août lorsque la Conférence, sans pour autant modifier les quotas de représentation, adoptera en même temps que son règlement intérieur un amendement essentiel à ce texte (article 39), accordant à des groupes d’observateurs, qui jusqu’alors n’en avaient pas la possibilité, le droit de prendre part aux votes, en les incluant comme délégués dans la structure des associations. Il s’agit du monde rural, des membres de l’administration centrale, des forces armées et paramilitaires, des représentants des Nigériens travaillant dans les organisations internationales et de ceux vivant à l’étranger.

Du coup, les délégués des institutions de l’État et leurs alliés reprennent le même jour leur place à la Conférence, un exemple qui sera finalement suivi, le 5 août, par l’armée.

Les scrutins ont lieu d’abord à l’intérieur des sept structures (1 délégué = 1 voix), puis l’ensemble des délégués à la Conférence se retrouvent en séance plénière, où le porte-parole de chacun des groupes annonce à son tour le vote exprimé en son sein.

Entre-temps, le 30 juillet, dès la sortie des pouvoirs de la salle, la Conférence, approuvant ses statuts, s’était proclamée souveraine. Autrement dit, comme le précisait d’ailleurs l’article 3 du texte, elle avait rendu ses décisions “impératives et exécutoires”.

Le 5 août, lors de l’élection de son Présidium, le grand forum connaît de nouveau un débat animé. Il s’agit de savoir si le président de cet organe de la Conférence peut être ou non un membre d’un parti. Éprouvant de la difficulté à choisir une personnalité apolitique, les conférenciers finissent par faire leur choix parmi les candidats, membres de partis politiques, qui ont milité sous le régime défunt en faveur du multipartisme.

Ainsi les tours de scrutin aboutissent-ils à l’élection comme président du Présidium d’un certain André Salifou, qui succède ainsi au doyen d’âge Mamoudou Yaro.

L’un des premiers textes qu’il lui revient de signer est l’important acte III, adopté le 9 août par la Conférence, aux termes duquel, mettant en pratique le principe de sa souveraineté, celle-ci prend le contrôle des services publics, des forces de l’armée et de celle de la gendarmerie. Le Président de la République doit désormais limiter son rôle à ses fonctions protocolaires. Quant au gouvernement de Aliou Mahamidou, qui est en place depuis le 2 mars 1990, il est reconduit à titre provisoire, mais il se bornera à expédier les affaires courantes.

L’exécutif en sursis n’accomplit en fait ce travail qu’imparfaitement : sachant qu’ils perdront probablement leur portefeuille lors de la naissance du futur gouvernement de transition, les ministres, mécontents, soumettent nombre de dossiers qu’ils pourraient eux-mêmes traiter au Présidium, distrayant ainsi celui-ci de sa charge essentielle : conduire la Conférence nationale à son terme sans plonger le pays dans le chaos. Une cohabitation boiteuse, propre à déstabiliser la nouvelle institution souveraine, pensent les conférenciers qui en viennent à se demander s’il ne vaudrait pas mieux confier la gestion des affaires courantes aux secrétaires généraux des ministères. L’acte XI/CN du président du Présidium, portant dissolution du gouvernement, réorganise donc le 10 septembre l’exécutif dans ce sens. Pour plus de commodité, le Présidium chargera Albert Wright, son second vice-président, de coordonner l’activité des secrétaires généraux.

La Conférence peut de la sorte mieux se consacrer à l’un des devoirs qu’elle s’est imposés en adoptant l’article 2 de ses statuts : “(...) faire un bilan des actions passées dans tous les secteurs de la vie nationale en vue d’en tirer les leçons et de dégager les responsabilités collectives et individuelles”.

Une lourde tâche, en vérité, car son accomplissement fait ressurgir toutes les ombres de l’histoire récente du Niger, celles qui ont entouré la prise du palais de Diori Hamani, les complots de 1975, 1970 et 1983, de même que la tuerie du 9 février 1990 ou les affaires de Tchin-Tabaraden. Si ces évocations ne sont pas sans animer les travaux du forum, au point parfois d’en tendre fortement l’atmosphère, aucune ne marque l’assistance comme la soudaine réapparition d’Amadou Oumarou dit Bonkano.

L’ancien conseiller spécial de Kountché, qui s’était réfugié en Europe depuis son putsch manqué de 1983, a gagné Abidjan dès le début du Forum de Niamey. Il a pu suivre ses travaux grâce à la radio nigérienne, qui en assure la retransmission intégrale et qu’il peut capter depuis la Côte d’Ivoire ; et, le 9 octobre, il charge Bello Tchiousso Garba, qui participe aux assises en tant que président de l’Union pour la démocratie et le progrès, d’informer la Conférence qu’il est “prêt à venir témoigner” devant elle. Pour ce faire, précise le messager, Amadou Oumarou “demande une amnistie politique”.

Sans hésitation, lorsqu’elle est consultée à ce sujet par le président du Présidium, la Conférence accepte l’offre de Bonkano. Le 11 octobre est signé l’acte XIX/CN portant amnistie des “crimes et délits contre la sûreté de l’Etat commis à l’occasion des événements dits des 5 et 6 octobre 1983”. Les peines, incapacités ou déchéances sanctionnant ces faits se trouvent ainsi éteintes, indique le texte, avec toutefois une exception : l’amnistie ne pourra pas “donner lieu à restitution des biens confisqués”.

Cette dernière précision n’est pas sans attirer l’attention des Nigériens parce que (même s’ils ne constituaient pas, il s’en faut, toute sa fortune) les biens confisqués à Bonkano n’étaient pas rien : 47 propriétés à Niamey (dont 18 dans les quartiers chics) figurent notamment dans la liste officielle qui en a été établie, à côté d’un complexe immobilier à Dareyna et d’une très vaste exploitation agricole à Bougoum. L’énumération inclut des vergers et champs à Nordiré, Timiré et Guakatiré, ainsi que 64 engins et véhicules utilitaires.

La connaissance de ces biens et plus encore l’ancien rôle de Bonkano en matière de sécurité nourrissent bien sûr toutes les conversations de la ville, tandis qu’il est accueilli le 11 octobre à l’aéroport de Niamey par des membres de la commission “Crimes et Abus” de la Conférence, lesquels le placent ensuite au quartier Yantala en résidence surveillée dans une villa appartenant à l’Etat. (4)

Durant les quatorze jours que durera l’audition d’Amadou Oumarou, la salle de la Conférence nationale ne désemplira jamais. Nul ne voudra manquer l’occasion de voir de près cet homme, sans doute le mieux renseigné des Nigériens sur le régime Kountché, qui est précisément autopsié par le forum ; et chacun attendra évidemment de lui (quelquefois craindra de lui) des révélations.

Il en fait quelques-unes. Ainsi est-ce de lui que les conférenciers apprennent, le 15 octobre, comment est mort le commandant Sani Souna Sido. Cet ancien homme de confiance de Diori Hamani, qui avait été en 1974 l’un des artisans de son renversement avant d’être, l’année suivante, incarcéré lui-même pour complot, est mort tué par des militaires, révèle Bonkano, sur décision venue du sommet de l’État, et non pas terrassé par une crise d’épilepsie comme l’avait laissé croire un communiqué publié en 1977. Les soldats qui, cette année-là, avaient mis fin à la vie de l’ex-Numéro deux du régime Kountché obéissaient, précise Amadou Oumarou, aux instructions du capitaine Kimba Kollo, commandant de la Zone de défense n° 2, agissant lui-même sur ordre du chef de bataillon Bangnou Beïdo, préfet du département d’Agadez.

Convoqués le 17 octobre par le président du Présidium, les deux officiers ne cherchent pas à nier l’évidence : ils citent à la Conférence le règlement militaire, qui contraint un subordonné à exécuter “sans discussions ni murmures” un ordre émanant d’un supérieur, lequel en est tenu pour responsable.

Malheureusement pour eux, la Conférence n’entre pas dans ce système de défense. Elle les fait arrêter sur-le-champ, puis déférer devant la Haute Cour de justice qu’elle a créée le 28 septembre 1991.

Autre événement marquant du passé, le putsch de 1983, qui a failli renverser Kountché ne manque pas d’être évoqué par la Conférence nationale. “Pour remettre le pouvoir aux civils”, répond-il, en précisant que l’idée d’une telle restauration lui était venue de Mahamane Sidikou, directeur de cabinet du Premier ministre. Les conférenciers veulent naturellement savoir pourquoi a échoué cette “révolution de palais”, comme la qualifie Amadou Oumarou. “C’est, explique celui-ci, qu’il y avait plusieurs groupes, et plusieurs problèmes entre ces groupes”. Pas tout à fait limpide, cette réponse ravive cependant des souvenirs pour bien des participants à la Conférence. Il n’était en effet un secret pour personne, au début du mois d’octobre 1983, qu’au moins deux groupes de putschistes préparaient un coup, chacun de son côté. Le premier aurait éliminé à la fois Bonkano et le chef de l’Etat.

Quant au second, prenant en quelque sorte les devants, il aurait visé à n’écarter que le seul Kountché.

L’affaire des fameux 80 milliards de francs CFA, ceux qu’Amadou Oumarou, selon la rumeur publique, aurait emportés en fuyant, ressort bien entendu au grand jour pendant le débat. Sans se démonter, Bonkano nie carrément avoir pris cette somme.

Il réfute également le témoignage de Mahamane Ousseini, fait le 15 octobre devant la Conférence, au sujet du coup d’état de 1974. Selon Ousseini, qui était sous-lieutenant des parachutistes au moment de ce putsch auquel il a participé, une cantine contenant de l’argent, trouvée par les militaires dans le palais de Diori Hamani, aurait abouti après son passage à l’état-major dans la maison de Bonkano à Dareyna. Ousseini dit tenir l’information de Boubacar Dottia, autre participant au coup de 1974, qui fut depuis son codétenu à Ouallam, à 100 km de Niamey, après la tentative de putsch de 1983. Interrogé par la Conférence, Dottia, tout comme Amadou Oumarou, rejette cette version qu’Ousseini, appelé à témoigner de nouveau, maintient fermement.

Bonkano est également mis sur le gril au sujet de ses anciennes fonctions. Les conférenciers veulent l’entendre confirmer qu’il était bien ce superviseur de toutes les polices, en charge du Bureau de coordination et de liaison (BCL-service politique), qui inspirait tant de crainte dans le pays. Mais ils en sont pour leurs frais. Amadou Oumarou affirme qu’il n’a été que le conseiller spécial de Kountché, rien d’autre. Jamais il ne s’est trouvé à la tête de la police politique, ajoute-t-il, et encore moins à celle des divers services policiers du Niger.

Personne n’est convaincu par ce que dit Bonkano, mais nul ne peut, ou n’ose, lui démontrer le contraire.

C’est que, naturellement, aucun ordre aboutissant à des actes guère recommandables, tels que détournements de deniers publics, trafic d’influence ou violation du droit des personnes, n’a jamais été donné par écrit. Trop intelligent pour s’exposer directement, Amadou Oumarou faisait d’ailleurs toujours agir quelqu’un d’autre à sa place, souvent le général Kountché en personne, pour atteindre les objectifs qu’il s’était fixés. Aussi les interlocuteurs de Bonkano à la Conférence n’ont-ils aucune preuve matérielle à lui opposer.

Non moins importante que cette audition de Bonkano, la résurgence à la Conférence nationale, du 9 au 12 octobre 1991, de la seconde affaire de Tchin-Tabaraden, lors de laquelle, le 7 mai 1990, des Touaregs avaient attaqué divers points de cette localité avant de subir une violente répression, suscite de vifs débats.

Se portant partie civile, certains Touaregs concernés par le dossier, associés dans cette démarche à des parents et amis de victimes, demandent que soient sanctionnés différents responsables de cette répression sans merci, tels que le colonel Toumba Boubacar, chef d’état-major des forces armées, et le capitaine Maliki Boureïma, qui dirigea sur le terrain la défense opérationnelle, ainsi que plusieurs de leurs subordonnés et informateurs.

Ils réclament des mesures identiques à l’encontre de deux anciens préfets du département de Tahoua (où se trouve Tchin Tabaraden) : Mamadou Tandja - qui fut, depuis, ministre de l’Intérieur - et Bagnou Beïdo, lequel sera également mis en cause, comme nous l’avons vu, pour la mort en détention de Sani Souna Sido. Ces derniers sont coupables à leurs yeux d’avoir fait empirer de leur temps, par un comportement autoritaire, la situation dans la région.

Finalement la Conférence ne prend qu’une seule véritable sanction : elle met le capitaine Maliki Boureïma à la disposition de la justice militaire, qui s’avérera être en fait un conseil de discipline - lequel, à propos de cette affaire, aura d’ailleurs à connaître des cas d’autres officiers. Il est vrai que le capitaine Boureïma (couvrant ainsi, on l’apprendra plus tard, un de ses hommes) a avoué devant le forum qu’il avait achevé lui-même le vieil Abdoulmoumine, un Touareg réputé pour sa sagesse et sa culture.

Ces mesures sont loin de satisfaire les plaignants et leurs amis, dont le sentiment de frustration va croissant, au point que des Touaregs militants de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), un parti représenté à la Conférence, réclament finalement à celle-ci l’instauration du fédéralisme, seul système qui, disent-ils, permettrait aux Touaregs de gérer leurs propres affaires. Une option que ne partage pas la Conférence : si celle-ci est plutôt favorable à une décentralisation administrative qui profiterait à toutes les régions du pays sans exception, elle estime qu’il serait dangereux de renoncer à être un Etat unitaire. Cette différence de conception dépasse de loin le niveau du simple échange de vues puisque, comme on l’apprendra plus tard, c’est en pleine Conférence nationale, une semaine après la fin du débat sur l’affaire de Tchin-Tabaraden, que des Touaregs rassemblés dans le Kori dAgadour, non loin de la cité minière d’Arlit, créent le 19 octobre 1991, dans la plus grande discrétion, le Front de libération de l’Aïr et de l’Azawad (FLAA). Le même mois, des rebelles lancent contre la localité d’In GaIl, où ils tuent cinq gardes républicains, leur première attaque d’envergure. Des harcèlements moins importants avaient en fait déjà ponctué toute la durée de la Conférence.

Par l’article 2 de ses statuts, celle-ci ne s’est pas seulement imposé de faire un bilan du passé mais aussi d’élaborer de nouvelles orientations pour la vie politique, économique et socioculturelle du pays. Ainsi par exemple, en matière d’économie et de finances, ne se contente-t-elle pas d’étudier, sur présentation de sa commission “Crimes et Abus”, la banqueroute de la Banque de développement de la République du Niger, la gestion de l’Office des produits vivriers ou encore le déficit de la Caisse nationale de sécurité sociale - à qui l’Etat doit la bagatelle de 21 milliards de francs CFA. Il lui faut aussi décider si le Niger devra ou non se soumettre à un Programme d’ajustement structurel (PAS).

C’est que les finances n’ont pas guéri de leurs maux : à la fin du forum, l’État devra deux mois de salaire à ses agents. Sans écarter tout recours à un PAS, les conférenciers l’assortissent toutefois de conditions (aucune réduction de la masse salariale, des bourses d’enseignement et des effectifs de la fonction publique, notamment) tellement contradictoires avec les exigences du FMI et de la Banque mondiale qu’elles équivalent à un rejet. Le fait n’est pas pour étonner, le précédent PAS ayant été suspendu par l’ancien régime, sous la pression des syndicats, en raison de ses effets sur les populations pauvres du pays ; mais il n’ira pas sans inconvénient, en l’absence d’un substitut crédible à l’ajustement. Celui qui est retenu par les conférenciers, la “mobilisation des ressources internes”, s’avérera en effet être inapplicable pour les futurs gouvernants.

Ceux-ci sont choisis par les conférenciers avant que, le 4 novembre 1991, ils se séparent. Pour ce faire, ils adoptent, outre une Charte des partis politiques, un acte XXI (29 octobre 1991) qui, en attendant la mise en vigueur d’une nouvelle loi fondamentale, sert de constitution.

Le texte recrée un poste de Premier ministre et pour l’occuper la Conférence choisit Amadou Cheffou, un ingénieur qui représentait auparavant à Dakar l’Organisation de l’aviation civile.

À côté du gouvernement, l’acte XXI crée un pouvoir législatif, confié à un Haut Conseil de la République (HCR). Composé de quinze membres, dont cinq permanents, ce HCR reçoit parmi ses missions celle d’assurer le contrôle de l’action gouvernementale et le suivi des décisions du forum. À cette tâche n’est pas étrangère l’élection le 2 novembre, comme président du Haut Conseil, d’André Salifou, qui se trouvait déjà à la tête du Présidium de la Conférence.

Par souci de continuité, les conférenciers reconduisent en outre le général Ali Saïbou dans ses fonctions protocolaires de chef de l’Etat, “incarnation de l’unité nationale”.

La Conférence nationale du Niger laisse un bilan composite. Comment en serait-il autrement ? Après tant d’années de silence, passées sous des régimes militaires ou de parti unique, les premières paroles libres des Nigériens ne pouvaient que dépasser parfois la mesure, comme portées par un besoin de défoulement collectif.

Les délégués participant au grand forum se sont ainsi montrés dans leur majorité des adversaires résolus des pouvoirs établis passés et présents. Aucune occasion n’a été manquée par eux pour en faire impitoyablement le procès. Pour ces censeurs - dont quelques-uns devaient, ce faisant, gommer certains détails de leur cursus personnel -, tout se passait comme si le Niger était tombé du ciel un 29 juillet 1991, les régimes antérieurs à la Conférence n’ayant à leurs yeux rien accompli d’utile pour le pays et ses populations.

Si ces réquisitoires excessifs ont pu laisser des marques, ils ne peuvent occulter les aspects du forum de Niamey : en elle-même, la réunion des conférenciers symbolisa déjà la fin de l’autoritarisme et l’avènement - du moins, à ce moment-là, chacun le pensait-il - de l’ère de la démocratie. En outre, la Conférence a tracé des perspectives pour l’avenir et créé des institutions de transition, instruments qui pourront être utilisés plus ou moins bien, mais qui auront le mérite d’exister.

Moins spectaculaires, certes, que les débats en séance plénière, les travaux en commissions de la Conférence, surtout, ont été importants : embrassant tous les aspects de la vie au Niger, les études qui ont été ainsi réalisées par les commissions pourraient constituer une bonne base pour tous ceux qui auront à faire avancer ce pays.

DEUXIÈME PARTIE

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L’ÉVOLUTION CHAOTIQUE DU PROCESSUS DÉMOCRATIQUE NIGÉRIEN DE NOVEMBRE 1991 À NOVEMBRE 1999

(5)

De novembre 1991 à novembre 1999, autrement dit de la Conférence nationale à l’élection du premier Président de la Ve République, le Niger n’a pas connu en neuf ans moins de cinq régimes politiques, à savoir :

-  une période de transition démocratique décidée par la Conférence nationale souveraine ;
- la IIIe République ;
- le régime d’exception instauré au lendemain du coup d’état militaire du 27 janvier 1996 ;
- la IVe République ;
- et un autre régime d’exception inauguré par le coup d’état miliaire du 9 avril 1999 et qui prendra fin après l’investiture du premier Président de la Ve République élu le 24novembre 1999.

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I - DE LA PÉRIODE DE TRANSITION DÉMOCRATIQUE (NOVEMBRE 1991-AVRIL 1993)

On le sait, la Conférence nationale souveraine se sépare le 3 novembre 1991. Trois jours plus tard, le Premier ministre Cheiffou Amadou forme son gouvernement et la “transition nigérienne” se met donc au travail sous la conduite de ses trois principaux responsables qui ne pourront pas être candidats à la future élection présidentielle.

Si cette décision a été prise pour éloigner d’eux, autant que faire se peut, l’esprit d’électoralisme, cette dernière préoccupation n’est en revanche pas absente chez nombre de leurs compatriotes. Dès le début de la transition, le Niger vit en effet dans un climat de pré- campagne électorale. Les dirigeants des scolaires et des travailleurs qui pourtant, non sans courage, avaient sous le régime de parti unique conduit le pays vers la Conférence nationale, se comportent désormais essentiellement comme des militants de partis politiques. Avant tout soucieux d’assurer la victoire de leurs formations respectives aux futures élections législatives et présidentielle, ils ne consentent aucune trêve sociale aux autorités de la transition, qu’ils ont eux-mêmes contribué à mettre en place, leur réclamant sans délai le règlement de leurs arriérés de bourses et de salaires.

Face à ces revendications, les nouvelles autorités sont bien désarmées. Transitoires, donc sans réel pouvoir, elles ont hérité d’un Etat d’autant plus insolvable que la Conférence nationale leur a d’avance interdit tout Programme d’ajustement structurel (PAS). Lorsque les scolaires crient “Si le PAS passe, on trépasse’ les partenaires du Niger répondent : “Pas d’aide financière substantielle sans PAS”. Ainsi la situation financière du Niger se détériore-t-elle de jour en jour, malgré la perfusion opérée par quelques pays qui, pour permettre sa survie, lui lâchent de maigres subsides. Il ne sera donc point surprenant de voir le pays, parvenu à la fin de la période de transition, cumuler pratiquement cinq mois d’arriérés de salaires.

Cet épuisement des ressources est d’autant plus inquiétant que les autorités doivent faire face, dans le Nord, à la rébellion touarègue. Dans un communiqué du 5 janvier 1992, le Front de libération de l’Aïr et de l’Azawad (FLAA), qui a été fondé le 19 octobre précédent, se manifeste pour la première fois en menaçant d’attaquer “tout ce qui représente l’État répressif” si le gouvernement ne trouve pas une solution au problème du Nord.

Les Présidents de la République et du HCR et le chef du gouvernement répondent conjointement au FLAA par un communiqué radiodiffusé et télévisé du 8 janvier 1992 dans lequel ils reconnaissent l’existence d’une rébellion touarègue et lui demandent de leur indiquer quelles sont sa plate-forme revendicative et la composition de son organe de direction. Ils font en outre part de leur désir de voir le FLAA libérer les otages qu’il détient.

Un mois plus tard, Rhissa Ag Boula, commandant en chef du FLAA, déclare que le Front ne détient pas d’otages mais des prisonniers, tous militaires, capturés au cours de ses opérations, et qui seront traités selon la Convention de Genève.

Les trois principaux organes de la transition, en mai 1992, acceptent que la France joue un rôle de “facilitateur” entre eux et la rébellion. Paris désigne pour ce faire le préfet Claude Silberzahn, patron de la Direction générale de la sûreté de l’Etat (DGSE).

Tandis que les négociations sont entamées en juillet 1992 à Paris - à travers la presse, les rebelles feront savoir que leur revendication reste le fédéralisme (19) -, les attaques armées se poursuivent sur le terrain. Entre août 1991 et mars 1993, elles auront touché plusieurs dizaines de localités. Montés sur une cinquantaine de véhicules tout terrain, les rebelles disposent d’un armement moderne relativement important. Convenablement entraînés, ils possèdent aussi une bonne connaissance des zones nomades qui facilite leurs embuscades.

L’armée voit dans celles-ci l’oeuvre de complices de la rébellion, dévoilant ses plans, cachés parfois en son sein même. Elle déplore à l’inverse de voir les populations du Nord, par solidarité ou crainte, répugner à la renseigner. Au gouvernement, qui s’en défend, elle reproche de limiter ses moyens matériels, en raison des difficultés financières, et s’indigne de retrouver trop souvent au combat, face à elle, des rebelles précédemment capturés et trop vite libérés, à ses yeux. Elle estime en outre que les autorités tiennent trop peu compte des rapports de police et de gendarmerie relevant une circulation d’armes entre la région du lac Tchad et le Ténéré, à travers le pays Toubou, avec tous les risques que cela implique pour la stabilité de cette région.

Bien des griefs qui grossissent au point d’inciter finalement les militaires du rang à enfreindre les règles de la discipline pour accomplir de leur propre chef ce qu’ils attendaient des responsables politiques : entre le 27 août 1992 et la fin de septembre, ils arrêtent cent cinquante personnes, touarègues dans leur majorité, pour “complicité avec la rébellion”. Parmi les détenus figurent quelques personnalités, et non des moindres, telles que El Moctar Icha, préfet d’Agadez, le commandant Illias El Mahadi, de l’état-major des forces armées, l’ancien député Akoli Daouel, président du Parti pour l’union nationale et la démocratie (PNUD-Salama), et même Mohamed Moussa, ancien ministre de l’Intérieur, devenu entre-temps, ministre du Commerce, des Transports et du Tourisme.

Ce n’est pas la première fois d’ailleurs que se produit un “mouvement de la troupe”. Déjà, du 26 février au 3 mars 1992, puis dans la troisième semaine de mars, des militaires avaient manifesté dans Niamey pour obtenir de meilleures conditions de travail et la libération du capitaine Maliki Boureïma, lequel avait été déféré à la justice militaire, lors de la Conférence nationale, pour répondre de la seconde affaire de Tchin-Tabaraden ; ils avaient même pris comme otages, dans la nuit du 27 au 28 février, le président du HCR, André Salifou, et le ministre de l’Intérieur. Le capitaine Boureïma avait été mis en liberté provisoire après une journée de concertation, le 20 mars, entre la transition et les représentants de toutes les organisations nationales, et la troupe était alors rentrée dans le rang.

Si ce premier mouvement n’était pas passé inaperçu, celui d’août 1992, par son caractère et son ampleur, le dépasse en résonance : l’opinion publique de l’Europe occidentale réclame en effet la libération des Touaregs arrêtés par la “Troupe”. Comment ignorer une telle démarche alors même qu’elle émane des pays qui aident le Niger ?

Les trois principaux organes de la transition décident donc, le 13 novembre, de calmer le jeu en créant les conditions permettant aux armes de se taire. Cela suppose à terme la libération des personnes détenues par la ‘Troupe” et par les rebelles, ainsi qu’au moment opportun l’ouverture d’un débat national, avec la participation des rebelles, sur la régionalisation.

Malgré ces décisions affichées, les négociations traînent et ce pour deux raisons presque parallèles : d’une part, une mauvaise coordination entre Mano Dayak, qui travaille en France pour la rébellion, et les combattants du désert, d’autre part, la mésentente entre le Premier ministre et le président du HCR. En effet, celui-ci reproche à celui-là de vouloir, malgré les apparences, gérer seul en fait le “dossier rébellion”.

De telles dissonances ont d’ailleurs été notées en d’autres domaines, par exemple lorsque le gouvernement, désapprouvé en cela par le président du Haut Conseil de la République, a renoué le 12 août 1992, pour obtenir un prêt, des rapports avec la République de Chine (Taiwan), et donc rompu ipso facto ses relations avec le pays rival, la République populaire de Chine (Pékin).

Quelles que soient parfois ces différences d’optique, les autorités de la transition savent qu’en ce qui concerne la question du Nord il devient urgent pour elles d’aboutir à une solution.

C’est qu’après l’adoption le 26 décembre 1992, par 89 % des volants, lors d’un référendum, d’une nouvelle constitution, elles ont désormais pour préoccupation principale l’organisation d’élections législatives et présidentielle. Aussi désirent-elles aboutir à un dénouement au moins en ce qui concerne le sort des personnes détenues par les rebelles et par la “Troupe”.

Au demeurant, négociations et élections ne vont pas sans interférer. La rébellion ne voit par exemple pas d’un bon oeil la possibilité d’une élection à la tête de l’État du colonel en retraite Mamadou Tandja, président du Mouvement national pour la société de développement (MNSD), l’ex-parti unique, que des Touaregs avaient mis en cause, notamment pour son ancienne gestion en tant que préfet, devant la Conférence nationale (6). Or Mamadou Tandja arrive en tête au premier tour de l’élection présidentielle, le 27 février. Heureusement pour ses adversaires, son score est faible : 34,39 %, contre 26,78 % à Mahamane Ousmane, 15,59 % à Mahamadou Issoufou et 15,09 % à Adamou Moumouni Djermakoye. Aussi ces trois derniers candidats allient-ils leurs partis respectifs le 2 mars 1993 à six autres formations pour constituer une Alliance des forces du changement qui, mathématiquement, compromet les chances du candidat Tandja. En effet, chacun oeuvrant pour son compte, les neuf partis membres de cette AFC naissante ont déjà obtenu lors des élections législatives qui ont eu lieu le 14 février, 50 des 83 sièges de députés. Et parmi ces coalisés se trouvent l’Union pour la démocratie et le progrès social (UPDP-Amana) qui, lors de la Conférence nationale, défendait au nom des Touaregs le fédéralisme, et le Parti pour l’union nationale et la démocratie, autre sympathisant de la cause touarègue.

Cette évolution politique est jugée suffisamment satisfaisante par la rébellion pour que Mano Dayak signe au nom de celle-ci le 19 mars, entre les deux tours de la présidentielle, un accord de trêve avec Albert Wright, agissant pour le compte des autorités de la transition.

La victoire de Mahamane Ousmane le 27 mars 1993, au second tour de l’élection présidentielle, avec près de 55 % des suffrages exprimés - le taux de participation étant de 35 % - ne peut qu’aller dans le même sens.

Étape suivante du règlement de la question du Nord, la libération des trente et une personnes qui avaient finalement été maintenues en détention après leur arrestation par la troupe, et qui devaient comparaître sous l’inculpation de complicité avec la rébellion devant la Cour de sûreté de l’Etat, intervient en avril.

Le 16 avril 1993, le nouveau Président de la République, Mahamane Ousmane, laisse entendre, au cours de la cérémonie de sa prestation de serment, laquelle se déroule dans la salle du palais de sports où avait siégé la Conférence nationale, que le problème de la rébellion touarègue est pratiquement réglé.

Même si elle a pâti des problèmes dont elle avait hérité, tels que l’insolvabilité de l’Etat, le manque d’autorité de celui-ci, et la rébellion touarègue, la transition, qui a duré un peu plus de dix- sept mois, a ainsi accompli la tâche principale qui lui avait été confiée : mettre en place, après des élections démocratiques, les institutions de la IIIe République.

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II - DE L’ALLIANCE DES FORCES DU CHANGEMENT

Si, en formant l’Alliance des forces du changement (AFC), neuf partis ont pu gagner l’élection présidentielle, construisant du même coup une majorité parlementaire, ils auront moins de facilité à gouverner ensemble le pays. C’est qu’il leur faudra diviser par neuf la liste des postes à responsabilités - non sans être accusés par l’opposition de les accaparer - et qu’à ce jeu l’une ou l’autre des composantes de la coalition majoritaire s’estimera parfois lésée.

Les trois principales composantes de l’AFC sont :

-  la Convention démocratique et sociale (CDS-Rahama) de Mahamane Ousmane, représentée à l’Assemblée par vingt- deux députés ;
- le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS Tarayya) de Mahamadou Issoufou qui compte treize députés à l’Assemblée ;
- l’Alliance nigérienne pour la démocratie et le progrès (ANDP Zaman Lahiya) de Moumouni Djermakoye Adamou avec onze députés. (7)

Le 17 avril, Mahamadou Issoufou, secrétaire général du PNDS est nommé Premier ministre.

Le nouveau chef du gouvernement mettra en revanche une semaine à composer celui-ci, car la distribution des portefeuilles entre les vainqueurs est un peu plus complexe que celle des hautes fonctions. En raison de ce subtil dosage, la nouvelle équipe, comprenant vingt-huit membres, est pléthorique et par conséquent coûteuse. Au plan politique, elle est inexpérimentée - (à la seule exception de son ministre de la Santé, qui a été secrétaire général d’un ministère) - comme il arrive souvent dans un pays qui a longtemps été gouverné par un régime autocratique.

Le nouveau gouvernement a pour première tâche de porter remède à l’anémie financière du pays. Pour ce faire, il lui faut mobiliser ses ressources internes puisque, depuis la Conférence nationale, le Niger refuse sa mise sous Programme d’ajustement structurel (PAS). Une politique toutefois difficile à mener après que la formation du chef de l’Etat, la CDS, a promis pendant les campagnes électorales de supprimer nombre d’impôts et de droits de douane si elle parvenait au pouvoir. L’imprudence de telles promesses éclate après l’élection lorsque la population manifeste sa déception. Ainsi les travailleurs et les scolaires s’irritent-ils, réclamant pour leur part le paiement de leurs arriérés de salaires et de bourses ainsi que l’amélioration de leurs conditions de travail.

Défendant ces revendications, cent cinquante étudiants observent le 18juin 1993 une grève de la faim devant le Parlement. Le 7 du mois suivant, ce sont les fonctionnaires qui font une grève d’avertissement. L’atmosphère sociale s’alourdit de façon encore plus périlleuse quand, le 10 juillet, afin d’obtenir notamment le versement de plusieurs mois d’arriérés de salaires, l’escadron blindé de Zinder se mutine.

Est-ce le prélude à un coup de force qui ramènerait les militaires sur la scène politique ?

Le Premier ministre a bien dû se poser la question lorsque son avion a été empêché d’atterrir sur l’aéroport de Zinder, neutralisé par les mutins. Ainsi a-t-il été contraint de regagner précipitamment Niamey et d’interrompre la tournée de prise de contact qu’il effectuait dans tous les chefs-lieux de département. Le 12 juillet, le Président Mahamane Ousmane monte au créneau pour lancer un appel au loyalisme et au patriotisme des forces armées.

C’est dans cette atmosphère déjà survoltée que les Nigériens voient se compliquer les problèmes du Nord. Rassurés, le 10 juin 1993, par la conclusion entre le gouvernement et la rébellion d’un nouvel accord de trêve, confirmant pour trois mois celui du 19 mars, ils ont appris peu après la naissance de deux tendances dissidentes du FLAA, et divergentes. La première, qui s’est manifestée le 19 juin sous le nom de Front de libération du Tamoust (FLT), est dirigée par Mano Dayyak, signataire des accords de trêve et jusqu’alors porte-parole de la rébellion ; elle a affirmé sa disponibilité pour un “dialogue franc et sincère”. A l’inverse, l’Armée révolutionnaire de libération du Nord-Niger (ARLN) a annoncé le 24 juin, en même temps que sa création, son rejet de la trêve du 10 juin. Au début de 1994, naîtra dans le Nord-Est et le Sud-Est un nouveau mouvement fédéraliste, le Front démocratique pour le renouveau (FDR), regroupant des groupes toubou, arabes et kanouri.

Une aide de près de six milliards de francs CFA apportée par la France vient en août 1993 insuffler une bouffée d’oxygène dans le pesant climat qui s’est installé au Niger. Elle n’est pas sans condition : Niamey doit assainir ses finances. Aussi le Président Mahamane annonce-t-il le 10 octobre que le Niger conclura des accords avec le FMI et la Banque mondiale. Le même jour le gouvernement discute de mesures d’austérité avec les syndicats. Ses relations avec ces derniers resteront toutefois marquées de heurts. Aussi, le 17 mars 1994, l’Assemblée nationale adopte-t-elle, en l’absence des députés de l’opposition, une loi limitant le droit de grève.

Commencée la veille, cette session du Parlement est du reste marquée par un bras de fer entre l’AFC et l’opposition. Les partis composant celle-ci rédigent un mémorandum sur l’état de la nation, qu’ils adressent au président de la Cour suprême et au chef de l’État, en même temps qu’une lettre dans laquelle ils notifient à ce dernier leur intention d’appeler les Nigériens à la désobéissance civile, ainsi que le leur permet, relèvent-ils, l’article 6 de la constitution. Ils veulent ainsi protester contre les “multiples violations” de celle-ci par le pouvoir.

De fait, le 16 avril, cette désobéissance civile est déclenchée. Le lendemain, des manifestants se heurtent dans Niamey aux forces de l’ordre. Celles-ci recensent un mort et vingt blessés et arrêtent de nombreuses personnes. Elles placent notamment en garde à vue Mamadou Tandja, du Mouvement national pour la société de développement, Issoufou Assoumane, du Sawaba et André Salifou, de l’Union des patriotes démocrates et progressistes, bien qu’ils n’aient en fait participé à aucune manifestation publique. Ces dirigeants sont relâchés le 21 avril mais, trois jours plus tard, le gouvernement obtient de l’Assemblée nationale la levée de l’immunité parlementaire de tous les députés de l’opposition.

Un arrangement intervient le 30 mai : l’opposition se voit attribuer quelques postes dans le bureau de l’Assemblée. Ainsi Amadou Hama, chef du groupe parlementaire MNSD-Nassara, en devient- il vice-président. Mais la tension persiste, au point que la majorité parlementaire doit repousser, le 11 août 1994, une motion de censure déposée par l’opposition.

Ce répit pour I’AFC ne masque plus le vrai danger, de nature interne, qui la menace. Déjà, en septembre de l’année précédente, I’ANDP, le parti du président de l’Assemblée, avait marqué son mécontentement de n’avoir pas obtenu un certain nombre de postes importants, dont celui de trésorier général, promis à ses militants. En 1994, si les raisons sont les mêmes, la crise va plus loin. Cette fois, c’est le PNDS qui entre en lice, mais c’est pour prendre la décision sans retour de se retirer le 28 septembre de l’Alliance des forces du changement, tandis que son leader, Mahamadou Issoufou, démissionne de son poste de Premier ministre. Le PNDS et le MNSD, l’ancien parti unique devenu la principale force de l’opposition, proclament ensuite leur “rapprochement”.

Une union de circonstance, brocardée par certains comme étant un “mariage de la carpe et du lapin”, mais qui permet le 16 octobre 1994 à l’opposition, par quarante-six des quatre-vingt-trois députés que compte l’Assemblée, de sanctionner par une motion de censure Abdoulaye Souley, ministre du Commerce et des Transports dans le cabinet sortant, que le Président Ousmane a nommé Premier ministre quelques heures après la démission de Mahamadou Issoufou.

Le chef de l’État répond le lendemain à la censure en dissolvant l’Assemblée, tout en reconduisant Abdoulaye Souley, qui est l’un de ses proches, dans son poste de Premier ministre.

Entre-temps, le 25 septembre, le gouvernement et la rébellion du Nord ont renoué le dialogue et, le 9 octobre, ils sont parvenus à un “accord de paix” à Ouagadougou. Le document affirme à la fois le “caractère indivisible” du pays et le droit des populations à “gérer leurs propres affaires”. Il est assorti d’une trêve de trois mois.

Une réussite qui ne change rien au sort de 1’AFC présidentielle. Le 12 janvier 1995, les élections législatives anticipées lui font perdre la majorité parlementaire, de justesse il est vrai, avec 40 sièges sur 83, et la contraignent à subir désormais un régime de cohabitation.

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III - DE LA “COHABITATION” À LA NIGÉRIENNE

“À la nigérienne” ? Oui ! Simplement parce qu’elle a très peu de similitude avec celle qu’avaient inaugurée François Mitterrand et Jacques Chirac en 1986, et qui s’était répétée quelques années plus tard entre le même François Mitterrand et un autre Premier ministre de droite, en l’occurrence Edouard Balladur.

La nouvelle majorité se prépare donc à prendre en main la gestion du pays. Et, pour commencer, elle propose au chef de l’État la nomination de Hama Amadou, secrétaire général du MNSD au poste de Premier ministre. Mais, faisant fi de ce choix, Mahamane Ousmane décide d’accorder sa préférence à Amadou Boubacar Cissé, militant du même Mouvement pour la société de développement et fonctionnaire de la Banque mondiale : c’est le premier accroc dans la cohabitation.

De fait, le chef de l’État et ses alliés se croient non pas en situation de cohabitation, mais dans un régime de “cogestion”.

Au sein du Parlement, le changement attendu au perchoir s’opère sans difficulté : Mahamadou, Issoufou, secrétaire général du PNDS est élu président de l’Assemblée nationale contre Moumouni Djermakoye Adamou, allié de Mahamadou Ousmane et candidat à sa propre succession.

Pendant ce temps, le nouveau Premier ministre cherche vainement à former son gouvernement.

Se plaçant sur le terrain politique, la nouvelle majorité qui entend s’en débarrasser décide de déposer une motion de censure contre Amadou Boubacar Cissé. Renversé le 20 février, le Premier ministre présente dès le lendemain sa démission au chef de l’Etat qui, s’inclinant enfin devant les exigences de la majorité parlementaire, nomme Hama Amadou Premier ministre. Le 25 février 1995 le quatrième gouvernement de la IIIe République est formé : il compte dix-sept ministres, y compris le chef du gouvernement. Cela dit, pour Hama Amadou, le plus difficile reste à faire : se préparer à une guerre d’usure contre un chef de l’État retors et prendre sur tous les fronts les commandes de l’État.

Dans le bras de fer qui va l’opposer à son Premier ministre, Mahamane Ousmane se montre d’autant plus intransigeant que ses amis politiques et lui-même ont affaire, selon leur propre expression, à une ‘majorité étriquée” de 43 députés contre 40 à l’opposition !

Le 24 avril 1995, Hama Amadou signe solennellement un accord de paix avec la rébellion touarègue représentée par l’organisation de la résistance armée (ORA).

Mais sur le front social rien ne s’arrange.

Les milieux scolaires notamment, privés de leurs bourses et autres allocations depuis plusieurs mois, s’agitent et finissent par commettre le 8juin des actes de vandalisme notamment à Niamey et à Zinder.

Le 6 juillet l’on assiste à une nouvelle crise au sein du pouvoir exécutif ; ce jour-là Mahamane Ousmane refuse de présider le Conseil des ministres et fait interdire au Premier ministre l’accès aux locaux qui accueillent habituellement cette réunion.

Ulcéré, Hama Amadou fait lire par le porte-parole du gouvernement un communiqué où il fustige le comportement inacceptable du chef de l’État et annonce la suspension de tous les directeurs généraux des sociétés de leur fonction : le pays s’engage ainsi dans une crise sans précédent qui va durer un peu plus de cinq semaines. Cinq semaines durant lesquelles le fonctionnement de l’État reste paralysé malgré l’intervention de nombreux médiateurs tant nigériens qu’étrangers, soucieux d’amener Mahamane Ousmane et Hama Amadou à trouver entre eux un terrain d’entente afin d’éviter à un pays déjà meurtri de sombrer dans le chaos. (8)

Le 4 août, devant le refus persistant du chef de l’État de présider les conseils des ministres, le Premier ministre en préside un où “plusieurs mesures nominatives ont été adoptées”, en particulier celles d’un certain nombre de directeurs généraux de sociétés.

Le même jour, dans une déclaration radiotélévisée, la présidence de la République attire l’attention du peuple nigérien sur le caractère anticonstitutionnel du conseil des ministres présidé par M. Hama Amadou et la nullité qui, ipso facto, frappe les décisions prises à cette occasion.

Le 9 août l’Union des syndicats des travailleurs du Niger (USTN), renvoyant dos à dos le chef de l’Etat et son Premier ministre, leur donne jusqu’au 11 août pour que tout rentre dans l’ordre. ‘Faute de quoi, (elle) mobilisera tous ses militant(e)s et sympathisant(e)s et associera à ses actions de lutte qu’impose la situation, les associations féminines, les organisations politiques, les patriotes démocrates sincères pour démettre de ses fonctions tout responsable de l’exécutif qui ne se pliera pas à nos exigences”. (9)

Mahamane Ousmane attend le 11 août pour annoncer la tenue d’un conseil des ministres le 15, tout en précisant d’ailleurs que la nomination des directeurs généraux des sociétés ne figurera pas à l’ordre du jour de ce conseil. Le jour venu, le chef de l’État tient effectivement parole et le fonctionnement de l’Etat commence de nouveau à se normaliser.

Le 17 août, le Premier ministre adresse enfin à la Cour suprême une requête “tendant à l’interprétation de la notion de cohabitation et des articles 48, 49, 58, 62, et 63 de la constitution relatifs à l’organisation du Conseil des ministres, à la conduite de l’action gouvernementale et à la promulgation des lois”. Mais, tandis que Mahamane Ousmane est engagé dans un combat politique sans merci contre son Premier ministre, la discorde s’installe au sein même de sa propre coalition. En effet, le 23 août, un groupe de militants de I’ANDP (parti de Moumouni Djermakoye Adamou) conduit par Moumouni Yacouba, député et président du groupe parlementaire dudit parti, dénonce l’affiliation de leur formation politique à la mouvance présidentielle.

Le 5 septembre, répondant à la requête du Premier ministre, la Cour suprême écrit notamment dans son arrêt n° 95-O5/Ch. Cons. Que : La notion de cohabitation signifie l’existence de deux (2) légitimités dont les programmes politiques ne convergent pas” ;

En cas de cohabitation, il y a alternance de pouvoir et non ‘cogestion” ou “coresponsabilité” ;

La présidence du conseil des ministres est une obligation constitutionnelle du Président de la République ; qu’en conséquence celui-ci ne peut, sans aller à l’encontre de son serment, refuser de présider le Conseil des ministres ; Il n’y a aucune disposition constitutionnelle permettant au gouvernement de déterminer et de conduire la politique de la Nation en dehors des délibérations faites en Conseil des ministres, présidé par le Président de la République ;

Le gouvernement ou l’un de ses membres ne peut se prévaloir d’un éventuel refus du Président de la République de présider le Conseil des ministres pour exercer des attributions constitutionnelles qui ne sont pas les siennes ;

La promulgation des lois est une obligation constitutionnelle du Président de la République à laquelle il ne peut se soustraire.

Sur un tout autre plan, la tension sociale persiste. Les travailleurs ne rentrent pas dans leurs droits, les produits de première nécessité coûtent de plus en plus cher, le tout dans un pays où les mauvaises récoltes enregistrées au terme d’un hivernage capricieux laissent entrevoir à l’horizon le spectre de la famine.

L’année 1995 s’achève dans un climat politique et social extrêmement tendu et un contexte économique morose. Plus que jamais, Mahamane Ousmane, qui, dans la dernière décade du mois de décembre, a effectué une tournée dans le département de Zinder, son “pays” et son fief, semble avoir regagné la capitale avec la ferme détermination d’en découdre avec le gouvernement et la majorité parlementaire qui le soutient.

Et sa résolution est d’autant plus grande que la date du 27 janvier 1996, terme à partir duquel il peut encore dissoudre l’Assemblée s’il le désire, n’est pas loin.

En attendant, le pays est figé. Indiscutablement, les deux plus hauts responsables du pouvoir exécutif ont par leur comportement conduit à un “blocage de fait de l’appareil de l’État”. Pis, tout absorbés par leurs querelles incessantes, le Président de la République et le Premier ministre ont fini par reléguer au second plan les difficultés de toutes sortes qui accablent la quasi-totalité de la population du pays : une situation que rendent encore plus inquiétantes les rumeurs d’un coup d’état militaire qui serait en préparation.

Une éventualité qu’à Niamey notamment la population semble appeler de tous ses voeux, la démocratie en cours dans le pays depuis la Conférence nationale s’étant révélée à ses yeux pire que tous les régimes politiques antérieurs à cette date. Quel paradoxe !

L’armée revient effectivement aux affaires, suite au coup d’état militaire du 27 janvier 1996, conduit en plein jour, en période de ramadan (jeûne musulman) par le colonel Ibrahim Maïnassara Baré, chef d’état-major des forces armées nigériennes, depuis à peine huit mois.

Ainsi donc prend fin la cohabitation entre Mahamane Ousmane et Hama Amadou.

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IV - DU RÉGIME D’IBRAHIM MAÏNASSARA BARÉ

A. La période d’exception

Dans la déclaration qu’il a faite le soir même du putsch, le colonel Ibrahim Maïnassara justifie cette nouvelle interruption de l’armée sur la scène politique, entre autres par la “crise absurde, irraisonnée et personnalisée” qui régnait au sommet de l’Etat ; avant d’ajouter : “face à ce péril majeur pour notre laborieux peuple, les forces armées nigériennes ont décidé ce jour, 27 janvier 1996, de prendre leurs responsabilités”. Puis, en sa qualité de chef d’état-major général des FAN, le colonel Ibrahim Maïnassara Baré décide et proclame :
- la suspension de la Constitution du 26 décembre 1992 ;
- la destitution du Président de la République et du gouvernement ;
- La dissolution de l’Assemblée nationale et du Conseil supérieur de la communication ;
- la suspension, jusqu’à nouvel ordre, de tous les partis politiques.

En outre, comme il est de mise en pareilles circonstances, le nouveau maître du pays proclame l’état d’urgence sur l’ensemble du territoire national et instaure un couvre-feu de 21 h à 5 h 30 du matin.

Enfin, le colonel Ibrahim Maïnassara Baré annonce que “le Conseil de salut national (CSN) est investi de tous les pouvoirs politiques” (10). À plusieurs reprises, le colonel Ibrahim Maïnassara Baré répond par la négative à tous ceux qui lui posent la question de savoir si, à la fin de la période de transition, il se portera candidat à sa propre succession.

Le mardi 31janvier, le chef d’État nomme un Premier ministre en la personne de Boukary Adji, vice-gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et ancien ministre des Finances de Seyni Kountché. Le choix porté sur ce grand technocrate pour être inattendu n’en est pas moins judicieux... Mais venons-en aux réactions suscitées par ce coup d’état militaire. Pratiquement dans l’heure qui suit la fin des opérations, l’ambassadeur de France au Niger se rend à l’état-major général des forces armées nigériennes où, au nom de son pays, il dit leur fait aux putschistes et exige d’eux le retour à la légalité républicaine. Le pauvre diplomate se fait purement et simplement éconduire. Les jours suivants, il multiplie de telles démarches, sans plus de succès.

Le 28 janvier, un communiqué du ministre français des Affaires étrangères, “condamne le coup d’état intervenu au Niger” et annonce la suspension par la France de “sa coopération civile et militaire avec ce pays”.

Sans tarder l’Union européenne, les États-Unis d’Amérique, le Canada et les gouvernements allemand et danois, notamment, en font autant.

Le Secrétaire général des Nations unies et celui de l’organisation de l’unité africaine déplorent à leur tour l’interruption du processus démocratique au Niger.

Le 11 février, à l’issue d’une rencontre avec le chef de l’État, les anciens protagonistes de la cohabitation et l’ancien président de l’Assemblée nationale reconnaissent, en présence de M. Ali Bandiaré, président par intérim de la Cour Suprême, que la constitution suspendue le jour du coup d’état militaire comportait effectivement un certain nombre d’imperfections et souhaitent expressément que les nouveaux responsables du pays prennent toutes les dispositions utiles pour y remédier (11). Ce jour-là, les Nigériens et une grande partie de l’opinion publique internationale voient dans cette attitude la capitulation des trois anciens dirigeants du pays.

À partir de cette date, personne ne réclame plus la restauration de ces derniers dans leurs fonctions. En revanche, une pression de plus en plus forte s’exerce sur le colonel Ibrahim Maïnassara Baré pour qu’il organise le plus rapidement possible des élections présidentielle et législatives équitables et transparentes.

Désormais, les événements se précipitent. En effet, encouragé par tous les amis du Niger en général et les présidents des pays du Conseil de l’entente en particulier, le colonel Baré oriente l’essentiel de ses activités vers la préparation des futures consultations populaires :
- dès la fin de la première semaine d’avril 1996, les projets des textes fondamentaux sont élaborés par un “forum” qui regroupe plus d’une centaine de personnes ; (12)
- la charte des partis politiques prévoyant la création d’une Commission électorale nationale indépendante (CENI) est promulguée le 16 avril ;
- le 12 mai le peuple nigérien adopte sa nouvelle constitution par référendum ;
- huit jours plus tard, les partis politiques sont de nouveau autorisés à reprendre leurs activités.

L’élection présidentielle se déroule en deux jours, les 7 et 8 juillet 1996. Or, la diffusion par des media privés plutôt favorables à l’opposition des résultats relatifs à la première journée du scrutin amène le pouvoir, le 8 juillet, à dissoudre la CENI pour la remplacer par une Commission nationale électorale (CNE).

En fin de compte, Ibrahim Maïnassara Baré, promu général de brigade depuis le 14 mai, remporte l’élection présidentielle avec un peu plus de 52 % des voix. L’opposition crie au scandale et parle même de “hold up électoral”.

Le 7 août, le Président Baré prête serment et est investi dans sa nouvelle fonction. Organisée au sein d’un Front pour la restauration de la défense de la démocratie (FRD), l’opposition décide de son côté de poursuivre avec davantage de détermination encore son combat politique et exige qu’un certain nombre de conditions soient réunies pour qu’elle accepte de prendre part aux élections législatives. En particulier elle insiste pour que :
- la CENI Soit réhabilitée ;
- la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême, qui ne lui inspire aucune confiance, soit recomposée.

Le Conseil des sages joue les médiateurs entre le gouvernement et le FRDD, qui, après quelques semaines de négociations, aboutissent à un accord mais uniquement sur la CENI. Finalement les élections législatives se tiennent le 23 novembre 1996, sans la participation de l’opposition.

Les 83 députés élus appartiennent donc tous à la mouvance présidentielle !

Le 21 décembre 1996, le premier gouvernement de la Ive République formé par le Président Ibrahim Maïnassara Baré ne comporte aucun membre de l’opposition, ce qui ne facilitera pas la gestion du pays.

B. Le Niger, sous la ive République

Les nouvelles autorités du pays mènent un combat permanent, principalement sur trois fronts :
- politique ;
- économique et financier ;
- social.

L’année 1997 commence mal pour le processus démocratique en cours au Niger. En effet, dès le 11 janvier, le Front pour la restauration et la défense de la démocratie (FRDD) organise sur toute l’étendue du territoire national des réunions suivies de marches. À Niamey, ces manifestations donnent lieu à de violentes échauffourées. Des militants de l’opposition sont molestés par les forces de l’ordre et les principaux chefs du FRDD placés en garde à vue.

Après plusieurs jours de transactions, tous ces leaders sont libérés. L’opposition, comme il se doit, poursuit son combat politique et le gouvernement, comme il est de son devoir aussi, tente de faire le travail pour lequel il a été mis en place, c’est-à-dire essentiellement :
- garantir la sécurité des personnes et des biens ;
- remettre effectivement les Nigériens au travail ;
- poursuivre ou entamer, selon les cas, les réformes qu’exige la situation économique et financière catastrophique du pays.

Réaliste, le chef de l’Etat demeure conscient de ce que la sérénité indispensable à la conduite de toute action politique ne peut être obtenue au Niger sans l’aval de l’opposition. Il propose donc à cette dernière de rentrer dans un gouvernement d’ouverture. En vain.

En fait, ce n’est pas que la proposition l’effarouche réellement mais, sachant parfaitement qu’il représente une force “incontournable” dans le pays, le FRDD répond qu’il ne lui servirait à rien de compter des ministres au sein du gouvernement si, dans le même temps, il n’était pas représenté à l’Assemblée nationale. Et donc si le général Ibrahim Maïnassara Baré veut réellement voir les opposants nigériens composer avec lui, qu’il commence par dissoudre l’Assemblée nationale élue le 23 novembre 1996 et par organiser de nouvelles élections législatives... Un préalable que le Président de la République refuse de prendre en considération.

Sur un tout autre plan, le “dossier de la rébellion” est mal géré. Au point d’ailleurs que nombre d’anciens rebelles dirigés les uns par Barka Wardougou, les autres par Mohammed Anacko dénoncent l’accord du 24 avril 1995, reprennent les armes et s’enfoncent dans le désert nigérien d’où, périodiquement, ils lancent des attaques contre les forces armées régulières.

Néanmoins, le 28 octobre 1997, à Tchin-Tabaraden, au cours d’une cérémonie présidée par le Premier ministre Amadou Boubacar Cissé, sept fronts touaregs et deux milices arabes d’autodéfense sont désarmés.

Il n’empêche cependant que l’intégration et la réinsertion des “ex combattants” et des rapatriés dans l’armée, la gendarmerie et dans les structures économiques et sociales du pays sont nettement compromises par l’indigence des ressources financières.

Sur le plan économique et social la situation n’est guère plus reluisante. En effet, un incroyable incivisme fiscal, aggravé par un impardonnable laxisme de la part des pouvoirs publics fait qu’au Niger les impôts et taxes de toutes sortes ne sont pas normalement recouvrés depuis près d’une dizaine d’années.

Conséquemment, l’ demeure plus que jamais insolvable.

À en croire le Premier ministre Boubacar Amadou Cissé lui même, qui s’exprimait le 23 novembre 1997 devant la représentation nationale, “les ressources extérieures nettes prévisionnelles nécessaires au fonctionnement proprement dit, aux investissements et à la charge de la dette publique que l’État doit supporter, s’élèvent à 197,2 milliards pour l’année 1997. Cela représente près de deux fois les ressources budgétaires annuelles ou encore plus de deux mois de production du pays”.

Or, ajoute le coordonnateur de l’action gouvernementale, “à la fin du mois de septembre, la mobilisation de financement extérieur obtenue était de 95 milliards dont 33,2 milliards pour les dépenses d’investissement et 61,8 milliards destinés au budget général”. (13)

Bien que ce résultat soit le plus important enregistré depuis une demi-douzaine d’années, plus de 100 milliards restent encore à rechercher à l’extérieur !

Les caisses de l’État demeurent donc désespérément vides et le gouvernement a du mal à assurer le traitement des travailleurs.

Même l’agriculture, sur laquelle, en cette fin d’année 1997, comptent les autorités nigériennes pour au moins nourrir les populations à défaut de pouvoir les loger, les éduquer et les soigner convenablement, ne répond pas à leur attente. En effet, la production brute de céréales pour 1997-1998 est “évaluée à 1 896 000 tonnes, d’où un déficit de 394 000 tonnes contre 286 000 tonnes en 1996 et 267 000 tonnes en 1995”.

Le front social est mouvant durant toute l’année 1997. Les syndicats, qu’ils soient d’ailleurs de travailleurs ou d’étudiants, représentent depuis une décennie un véritable épouvantail pour tous les régimes qui se sont succédé.

Bref, à la fin du mois de novembre, tout le pays, littéralement figé, semble au bord de l’implosion... Le chef de l’État le reconnaît lui- même et décide le 24 novembre 1997, dans un message à la nation, de mettre en congé l’ensemble de l’équipe gouvernementale “(...) qui désoriente bon nombre d’entre vous, tant certaines de ses attitudes attentistes et ses agissements jurent franchement avec les normes connues de bonne gouvernance, de clairvoyance, de dynamisme et de solidarité”. (14)

Vingt-deux mois après le coup d’état du 27 janvier 1996, le pays est de nouveau dans l’impasse !

Le 1 décembre 1997, un nouveau gouvernement est mis en place avec à sa tête Ibrahim Assane Mayaki, ministre des Affaires étrangères et des Nigériens de l’extérieur dans l’équipe précédente. Mais s’il est vrai que le gouvernement offre la particularité d’avoir pour ministre du Tourisme Rhissa Ag Boula, ex-chef du Front de libération de l’Aïr et de l’Azaouk (FLAA), il n’en demeure pas moins que cet exécutif diffère bien peu de l’ancien : quatorze de ses membres sur vingt-trois sont des sortants !

Où se trouve l’ouverture qu’aurait pu laisser prévoir l’éclatante mise en congé de la précédente équipe ?

Le changement survenu n’améliore en rien la sérénité politique du pays. Au contraire, l’atmosphère s’alourdit même, dès le 1 janvier 1998, lorsque la télévision nationale fait état d’un complot, déjoué par la police, visant à assassiner, parmi d’autres personnalités, le Président Baré. L’instigateur n’aurait été autre, selon le présentateur du petit écran, qu’Amadou Hama, ancien Premier ministre, secrétaire général du mouvement national pour la société de développement (MNSD). Hama est arrêté le lendemain en même temps qu’une dizaine de personnes, dont Mohamed Bazoum, vice-président du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS), et Issoufou Assoumane, secrétaire général de l’Union des démocrates et forces progressistes (UDFP), anciens ministres respectivement, des Affaires étrangères et des Mines. Accusé de constitution d’organisation paramilitaire, Amadou Hama recouvre sa liberté, sur ordre du Parquet, le 8 janvier. Puis, les événements se précipitent :


- 14 janvier : le général reçoit huit dirigeants du Front pour la restauration et la défense de la démocratie (FRDD), conduits par Mahamane Ousmane. Il leur suggère de rechercher avec lui ‘de nouvelles formes de relations et d’actions par lesquelles pourrait s’instaurer enfin au Niger une démocratie participative”.

Malheureusement pour le chef de l’État, des personnes de son entourage familial, quand ce ne sont pas des membres du gouvernement, font tout pour freiner son élan.
- le 27 janvier, jour anniversaire du coup d’état militaire d’Ibrahim Maïnassara Baré, l’opposition tient un meeting à Niamey et réclame toujours la dissolution de l’Assemblée.


- le 2 février 1997 l’opposition reçoit du renfort : 1’ANDP d’Adamou Moumouni Djermakoye, le Parti nigérien de l’autogestion (PNA) de Sanoussi Jackou et le Parti pour l’unité nationale et le développement (PUND) d’Akoli Daouel, tous anciens membres de la mouvance présidentielle, décident de se regrouper dans une Alliance des forces démocratiques et sociales (AFDS) et de se rapprocher du FRDD pour former désormais la seconde composante de l’opposition à Maïnassara Baré.


- à partir du 21 février, les dirigeants du pays oublient momentanément la politique pour juguler des mutineries qui éclatent dans quatre garnisons. Une dizaine de personnalités civiles et militaires sont prises en otage par des militaires qui, comme les civils, réclament leurs arriérés de solde.


- les 18 et 19 avril : vives manifestations de l’opposition à Maradi et Zinder.


- le 29 avril : convocation, par le Président Baré d’une Conférence des cadres dont il profite pour dénigrer l’opposition.

Mais bien heureusement, le 31juillet, le Premier ministre signe avec Etat et le FRDD, grâce notamment à la médiation du “Monsieur Afrique” du Parti socialiste français, Guy Labertit, un protocole d’accord prévoyant, pour de prochaines élections locales, des conditions acceptables pour tous. Cet accord porte à trente jours le délai de dépôt des candidatures et à soixante celui de proclamation par la Cour suprême des résultats.

En outre, la Commission électorale nationale indépendante (CENT) verra désormais son président choisi parmi les magistrats du siège. Le même esprit de consensus prévaudra aussi pour le remplacement des quatre membres de la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême qui, dans le passé, étaient nommés par les Présidents de la République et de l’Assemblée nationale. Le fichier électoral sera révisé par la CENI qui aura son propre représentant, avec compétence de gardiennage, au sein de la Délégation à l’informatique. L’accord garantit encore l’accès équitable aux media publics des partis politiques et de la société civile.

Enfin quelques interdits sont posés : non-utilisation de l’État à des fins partisanes ; obligation de réserve pour les militaires, les cadres de commandement, les diplomates, et les chefs traditionnels.

Toutes ces mesures, on le voit, assureraient sans doute au Niger un début de régime démocratique si elles étaient correctement appliquées.

Mais, au lieu de cela, le Rassemblement pour la démocratie et le progrès (RDP), le parti du Président de la République, monopolise les media d’Etat, vidant ainsi de son contenu une des dispositions majeures du protocole.

Bref, plus les élections locales approchent, plus les rapports se tendent entre le pouvoir en place et l’opposition.

Lorsque la consultation se tient, le 7 février 1999, quelques lacunes sont constatées, telles que l’absence ou l’insuffisance de bulletins de vote à l’ouverture de certains bureaux, mais le phénomène, qui n’est malheureusement pas nouveau, ne semble pas atteindre des dimensions significatives et dans l’ensemble la journée se déroule sans incident sérieux, du moins jusqu’au soir.

Diverses localités voient alors (parfois le lendemain) des hommes en uniforme ou bien des civils, et même des administrateurs, quand ce ne sont pas des députés, prendre dans les bureaux de vote urnes, bulletins ou procès-verbaux, les emporter ou les détruire ; tous actes destinés à empêcher le dépouillement ou à le rendre non crédible.

Chacun se souvient alors de la déclaration qu’avait faite à la télévision le 6 février, donc la veille même du scrutin, Abdoulaye Souley, ministre de l’Intérieur, dans laquelle il affirmait que le FRDD et 1’AFDS se préparaient “à reconquérir la totalité du pouvoir d’ici à la fin de juillet 1999”. Pour cela, ajoutait le ministre, l’opposition entend s’appuyer sur les chancelleries qui lui sont “favorables” et sur des “amitiés” au sein des institutions de la République. (15)

Au lendemain de ces élections mal clôturées, la confusion la plus totale règne à Niamey : l’opposition réclame bien entendu, mais c’est un prêche dans le désert, le châtiment des coupables, et s’estime la vraie gagnante de ce scrutin. Le RDP de son côté revendique la victoire et convie ses militants, le 13 février, à son siège national pour célébrer l’événement.

Pour sortir de l’impasse, la CENI propose que, partout où les procès-verbaux et les bulletins de vote sont restés introuvables, les résultats soient reconstitués. Il existe pour ce faire, argue-t-elle, des récépissés qui, après le dépouillement, ont été officiellement remplis. Pourquoi ne pas les demander aux représentants de chacun des partis, à qui ils ont été remis ?

Séduisante, cette suggestion butte pourtant sur une méfiance réciproque : qui me dit que l’autre candidat ne va pas falsifier les récépissés qu’il détient, se demande chacun des adversaires en présence ?

Le 6 mars, lors d’une réunion à Niamey, les opposants font leurs propres propositions : sanctions pour les vandales, installation sans tarder dans leur fonction des conseillers dont l’élection n’a donné lieu à aucune contestation, recomposition de la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême dont les membres ne leur inspirent pas confiance.

Réclamant au cours de cette manifestation des élections législatives anticipées, un des dirigeants, Issoufou Assoumane, “mange le morceau” : “Cela fait partie, dit-il, des accords que nous avons passés avec le pouvoir”. Pour la première fois, il est ainsi fait état ouvertement d’un second accord resté secret, concernant les législatives, qui avait été conclu le 31juillet entre le pouvoir et l’opposition parallèlement à celui, rendu public, relatif aux élections locales. Mohamed Bazoum, vice-président du PNDS, est encore plus explicite à ce sujet le 13 mars 1999, dans une interview qu’il accorde au quotidien dakarois Le soleil : “en cas de victoire de l’opposition aux élections locales, affirme-t-il, le gouvernement de Maïnassara s’engageait à dissoudre l’Assemblée nationale pour organiser des élections anticipées, afin de rééquilibrer la représentation politique au sein des institutions. Dans ce schéma, l’opposition devait en retour reconnaître la légitimité du Président de la République, ainsi que les prérogatives que lui confère la nouvelle constitution. Tout cet édifice menace de s’écrouler”.

Le 6 avril, la Cour suprême proclame les résultats définitifs des élections : l’opposition remporte le scrutin.

Cependant, en raison des incidents qui ont marqué soit les opérations de dépouillement soit la proclamation des résultats provisoires, la même juridiction annule les résultats dans 17 communes sur 73, 21 départements sur 36 et 5 régions sur 7 !

Le 8 avril, sur les antennes de la radio privée ANFANI, l’opposition annonce qu’elle suspend tout dialogue avec le gouvernement, exige le départ du pouvoir du chef de l’Etat et revendique pour le peuple un “droit naturel de résistance”.

Le 9avril, vers 10h30 (heure locale), le Président de la République Ibrahim Maïnassara tombe sur le terrain de l’escadrille militaire de Niamey, victime des balles tirées par des éléments de sa propre garde présidentielle, dont deux jeeps munies de fusils mitrailleurs de 12,7 mm stationnaient sur le tarmac. Il s’apprêtait à embarquer à bord d’un hélicoptère qui devait l’emporter au nord-ouest du pays, à Inès, un village proche de la frontière malienne où il devait régler un problème de rezzou touchant des réfugiés.

Notons au passage qu’en attendant qu’une enquête puisse un jour le confirmer ou l’infirmer, personnellement nous considérons la mort du Président Baré comme un assassinat.

Le Niger s’installe de nouveau dans un régime d’exception dirigé par une junte militaire regroupée au sein du Conseil de réconciliation nationale (CRN) composé de 14 officiers et présidé par le chef d’escadron Daouda Malam Wankè, commandant de la garde présidentielle depuis le coup d’état du 27 janvier 1996.

Dans une proclamation rendue publique le 11 avril, les putschistes déclarent que le régime mis en place depuis trois ans s’étant “révélé incapable de résoudre les problèmes épineux auxquels (le) pays est confronté”, les forces armées “après une large concertation avec toutes les composantes de la nation” ont décidé de suspendre la constitution, de dissoudre le gouvernement, la Cour suprême et le Conseil supérieur de la communication et d’annuler les élections locales du 7 février. Déjà annoncée par le Premier ministre qui dès le 9 avril a qualifié la mort de Baré d’accident malheureux”, la dissolution de l’Assemblée nationale est confirmée par la proclamation, parmi la même série de mesures.

Si les partis de l’ancienne opposition déplorent la mort de Baré et si ceux de l’ex-mouvance présidentielle (rassemblés dans une “Convergence pour la République”) condamnent “la violence meurtrière” qui l’a causée, ni les uns ni les autres, dans les déclarations qu’ils publient à ce sujet, respectivement les 12 et 13 avril, ne ferment la porte à une coopération avec le nouveau pouvoir.

Bref, c’est donc le Conseil de réconciliation nationale qui prend en main la gestion du pays. Et, tout comme leurs prédécesseurs, ses membres sont confrontés à l’extérieur aux condamnations de la communauté internationale et à l’intérieur aux multiples mouvements de grève conduits par des travailleurs et des étudiants réclamant ceux-là des arriérés de salaires, et ceux-ci des bourses restées impayées depuis des lustres.

Et pourtant, les autorités militaires parviennent, avec l’aide notamment de la France, de la Belgique, du Danemark et de la Côte d’Ivoire, à organiser proprement un référendum constitutionnel et des élections générales.

Le 24 novembre, au second tour de l’élection présidentielle, Tandja Mamadou, colonel en retraite et leader du Mouvement national pour la société de développement (MNSD), est élu, grâce à une alliance avec la CDS de Mahamane Ousmane, premier Président de la Ve République avec 59,89 % des suffrages contre 40,11 % pour Mahamadou Issoufou du PNDS, son rival.

Aux élections législatives organisées le même jour, le MNSD et la CDS enlèvent 55 des 83 sièges que compte l’Assemblée nationale, contre 28 pour la nouvelle opposition qui sera conduite par Mahamadou Issoufou.

Le Niger renoue ainsi avec le processus démocratique et organise des élections qui n’ont souffert d’aucune contestation de la part des Nigériens, toutes tendances confondues, et que l’ensemble de la communauté internationale n’a pas manqué de saluer !

C’est dire que quand ils se mobilisent pour ne mettre en avant que l’intérêt supérieur de leur pays, les Nigériens sont tout à fait en mesure de réussir des prouesses. Voilà qui nous encourage à examiner, dans la dernière partie de cette communication, les raisons pour lesquelles le processus démocratique nigérien a pris durant ces dix dernières années les allures d’un chaos dans le champ de la politique.

TROISIÈME PARTIE

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LES RAISONS PROBABLES DU DÉSORDRE DÉMOCRATIQUE AU NIGER

À la lumière des pages précédentes, il est difficile de ne pas parler de ‘pagaille démocratique” à propos du processus de démocratisation dans lequel le Niger s’est engagé au lendemain de la Conférence nationale. A l’origine de ce désordre se trouvent, selon nous, deux types de raisons. Les unes endogènes ; les autres exogènes. Ces raisons s’appellent intolérance, amnésie et égoïsme. Oui, il s’agit de :


- l’intolérance de nos partenaires du Nord qui, refusant aux autres peuples, et plus particulièrement aux Africains, le droit à la différence, pensent, quand ils ne le clament pas, qu’il n’existe pas de “démocratie à l’africaine”. La démocratie est universelle. Ou elle n’est pas ;


- l’amnésie de ces mêmes peuples qui oublient que même parmi eux certains, et non des moindres, ont mis plus de deux siècles pour asseoir leur propre système démocratique. Un système qu’ils surveillent d’ailleurs étroitement, tellement ils sont conscients de ce qu’il est un chantier en perpétuelle construction ;


- l’égoïsme de ces “maîtres” qui, soucieux avant tout de leurs intérêts propres, avaient trouvé normal que l’Afrique fût sevrée de la quasi-totalité de ses droits et libertés du temps de la guerre froide, et soutenu avec ardeur et patience tous les régimes chargés de cette sale besogne, mais qui, aujourd’hui, le mur de Berlin ayant disparu et l’Union soviétique s’étant désagrégée, exigent que nos pays s’engagent à la fois vite et bien dans un processus démocratique non seulement irréversible mais encore (et c’est en fait le principal à leurs yeux) ouvrant leur marché à la concurrence internationale.

Malheureusement pour nous, la fin de la guerre froide correspondait à un moment où, malmenés par une grave crise économique et financière, la plupart de nos pays étaient insolvables et leurs populations vivaient déjà dans la misère. Or, démocratiser un régime politique c’est libérer toutes les revendications... Comment donc pourrions-nous le faire convenablement dans l’état actuel de nos économies et de nos finances ?

Mais venons-en aux raisons endogènes qui relèvent de nous, et sur lesquelles nous avons délibérément choisi de nous étendre. Elles sont essentiellement au nombre de quatre, à savoir :
- les inconséquences caractérisant souvent la conduite des hommes politiques eux-mêmes ;
- le caractère parfois inadapté et incohérent des textes fondamentaux régissant le processus démocratique ;
- l’impréparation des populations à s’engager dans un processus parfaitement étranger à leur culture ;
-  la fâcheuse confusion entre multipartisme et démocratie.

1. Des inconséquences caractérisant la conduite des hommes politiques

Au Niger, ces hommes se sont principalement manifestés à la Conférence nationale où d’ailleurs la plupart d’entre eux ont brillé par leur manque de réalisme. Défaut lui-même lié sans doute au fait de n’avoir jamais auparavant exercé le pouvoir.


- Première inconséquence : après avoir dénoncé et même condamné avec la dernière énergie des maux tels que le régionalisme, le népotisme, le favoritisme et le clientélisme, ils sont les premiers à y recourir une fois installés aux commandes de l’État.

Sous leur “règne”, comme sous celui de leurs prédécesseurs qu’ils ont violemment vilipendés, tout s’est passé (et se passe) comme si, afin de mieux consolider les bases du pouvoir à eux conféré par les urnes, il leur fallait nécessairement s’entourer de collaborateurs issus de leur famille ou de leur région d’origine et confier des postes importants à leurs proches ou aux militants de leur formation politique. Que les bénéficiaires de leur complaisance n’aient ni la compétence ni l’expérience ni la conscience professionnelle requises n’a aucune importance.


- La deuxième inconséquence de ces nouveaux leaders réside dans leur comportement vis-à-vis d’un certain nombre de chefs d’Etat au pouvoir, pour la plupart depuis une ou plusieurs décennies. En effet, c’est paradoxalement à ces “dinosaures” que les différentes conférences nationales n’ont pas hésité à traiter de “dictateurs”, d”ennemis du peuple” et de “voleurs”, qu’ils s’adressent pour obtenir les sommes d’argent nécessaires :
- au versement de leur caution ou celle de leurs militants, candidats à tel ou tel scrutin ;
- à leurs campagnes électorales ou, tout simplement ;
- à l’amélioration de leur confort personnel.
- Troisième inconséquence : ces mêmes leaders, une fois parvenus au pouvoir oublient qu’ils ont dénoncé la création autrefois, au profit de leurs prédécesseurs, de caisses noires ou de fonds politiques. Ils les récréent à leur tour en changeant simplement l’appellation : désormais en parlera de fonds spéciaux. Excellente trouvaille !
- Quatrième inconséquence : après avoir longtemps condamné le régionalisme et “l’ethnicisme” et longuement disserté sur les vertus de l’unité nationale, les leaders des partis politiques s’adressent presque toujours d’abord à leur région d’origine pour recruter leurs militants. Du coup, pratiquement toutes les formations politiques du pays sont construites sur une base régionale.
- Cinquième inconséquence : le fait que ces leaders de l”ère démocratique” aient condamné leurs aînés pour avoir utilisé, par le passé, des fonds publics et du matériel appartenant à l’administration pour faire campagne ne les empêche pas, eux, de se comporter de la même manière.

Il est donc courant de voir, en période électorale, le ou les parti(s) au pouvoir mettre à profit leur position pour procurer à leurs formations les moyens de leur propagande : le parc automobile et le carburant de l’administration, de même que d’importantes sommes d’argent prélevées sur les fonds publics !

Comme on peut le deviner, la philosophie de la démarche est fort simple : “quand on cherche le pouvoir il ne faut reculer devant rien pour le conquérir, et quand on l’exerce déjà, l’on ne doit rien négliger pour le conserver” !

2. Du caractère parfois inadapté et incohérent des textes fondamentaux

Ces textes, et singulièrement les constitutions, sont souvent restés, malgré l’effort de démarcation qui a été tenté par les législateurs nationaux, de pâles copies des documents en vigueur dans l’ancienne métropole.

À propos de la Constitution du 26 décembre 1992 dont l’application, en période de cohabitation, entre février 1995 et janvier 1996, a entraîné d’abord des blocages au sommet de l’Etat, et ensuite le coup d’état militaire d’Ibrahim Maïnassara Baré, un expert français a pu écrire : “Comme d’autres, la constitution du Niger comporte des lacunes et des imperfections, des ambiguïtés, voire des contradictions, qui peuvent être la source de conflits à la tête de 1’Etat, notamment entre le Président de la République et le Premier ministre, lorsque ceux-ci appartiennent à des mouvements politiques opposés”. En particulier, poursuivant sa réflexion, l’expert signale :
- “la qualité de chef de l’administration qui est reconnue au Président de la République (article 53) n’est guère compatible avec le rôle dévolu au Premier ministre de chef du gouvernement, appelé à diriger, animer et coordonner l’action gouvernementale (article 60) ;
- cette dernière prérogative peut se trouver d’autant plus privée de sens que la constitution confère au Président de la République la responsabilité de nommer aux emplois civils et militaires de l’Etat ;
- la constitution ne précise pas s’il incombe au Président de la République ou au Premier ministre de fixer l’ordre du jour du Conseil des ministres ;
- elle est également muette, sauf à renvoyer à une loi organique ultérieure, sur le point de savoir à qui appartient de pourvoir aux autres emplois que ceux énumérés au 3 alinéa de l’article 58” (16).

Notons aussi qu’à notre point de vue le régime semi-présidentiel prévu dans cette même constitution n’est pas celui qui semble le moins “éloigné” de la conception traditionnelle du pouvoir au Niger. Et sans doute même dans la quasi-totalité des Etats africains. En effet, chez nous le chef exerçait un pouvoir sans partage et nos ancêtres n’ont jamais été en situation de s’adresser, à la fois, à deux responsables détenant chacun une parcelle du pouvoir exécutif.

Quant au scrutin proportionnel, même s’il favorise la représentation au sein du Parlement par exemple du plus grand nombre possible de sensibilités, il n’en demeure pas moins qu’il a aussi la vertu cardinale de rendre difficile l’acquisition d’une majorité homogène, condition nécessaire à l’exercice du pouvoir, avec un minimum de stabilité.

3. De l’impréparation des populations à la démocratie

La population du Niger est analphabète, en français, à environ 85 %. Autrement dit, hormis une catégorie de privilégiés ayant eu la possibilité d’entreprendre des études et de les poursuivre jusqu’à un certain niveau, la quasi-totalité des Nigériens sont incapables de lire par eux-mêmes les statuts et le règlement intérieur de chacun des partis politiques du pays, de même que les programmes proposés par ces derniers, avant de décider en connaissance de cause d’adhérer à la formation politique qui proposerait au pays les meilleurs choix politiques, économiques, sociaux et culturels, pour le mieux-être de ses populations.

Et comme les partis politiques qui assurent la formation de leurs militants aux principaux mécanismes régissant généralement le jeu démocratique sont plutôt rares, les Nigériens sont restés majoritairement attachés à l’aspect sentimental et/ou matériel des choses : ils adhèrent très souvent à un parti pour y rejoindre des parents ou des amis, ou uniquement parce qu’ils espèrent y trouver des hommes et des femmes suffisamment généreux pour prendre en charge périodiquement les dépenses relatives à leurs soins médicaux, à la scolarisation de certains de leurs enfants et, dune manière générale, à l’entretien de leur famille ! Il suffit donc que cet espoir soit déçu pour que se déclenche ou s’accentue le nomadisme des militants d’un parti à l’autre.

4. De la fâcheuse confusion entre multipartisme et démocratie

Quelques-unes des plus grandes démocraties du monde fonctionnent avec pour base deux ou trois formations politiques. C’est dire que le succès d’un processus démocratique n’est pas forcément lié au nombre des partis politiques qui se disputent l’électorat dans un pays donné. Et pourtant, sans le confesser, nombre de protagonistes de notre vie politique semblent bien croire qu’il l’est ! Pour eux, multipartisme est synonyme de démocratie et donc pour peu que leur élection se fasse dans un contexte de pluralisme politique, ils se croient autorisés, une fois installés au pouvoir à :
- “bâillonner” la presse ;
- réduire la liberté des partis de l’opposition ;
- exclure de la gestion du pays nombre de cadres pourtant compétents, expérimentés et bons patriotes, dont le seul tort est de ne pas être du même bord politique qu’eux ;
- ériger le népotisme et le régionalisme en système de gouvernement ;
- et puiser à souhait dans les caisses publiques, pour la satisfaction de leurs besoins personnels et ceux de leurs parents ou de leurs amis politiques.

Après tout ce qui vient d’être dit, doit-on conclure que le Niger est incapable de concevoir, élaborer et mettre en oeuvre, de façon convenable, un processus démocratique digne de ce nom ? Si la réponse à cette question est “non” alors quelle est la démocratie qui, aujourd’hui et pour quelque temps, répondrait le mieux aux aspirations du peuple nigérien ?

Prétendre répondre à une telle question serait présomptueux de notre part. Néanmoins, après tout ce qui vient d’être dit, un certain nombre de propositions pourraient être hasardées en la matière.

L’on peut toujours débattre de la question de savoir si oui ou non l’Afrique possède une culture démocratique et, du reste, en ce qui nous concerne, nous répondons par l’affirmative à cette question, tout en ajoutant immédiatement que le vrai problème se trouve ailleurs... Et d’abord pourquoi une conception universelle de la démocratie, que tous les peuples doivent respecter, voire mettre en oeuvre, qu’ils y soient préparés ou pas, ou que cela corresponde chez eux un besoin réel ou non ?

Le Niger pré-colonial avait déjà un certain nombre de qualités indispensables à l’exercice de tout pouvoir, en particulier dans un système démocratique. Il s’agit notamment :
- du sens du dialogue et du compromis ;
- de l’esprit de tolérance et de solidarité ;
- ainsi que du respect du droit à la différence.

L’Afrique en général et le Niger en particulier nous semblent donc bel et bien outillés pour pratiquer correctement la démocratie. Même si dans leur conception traditionnelle du pouvoir celui-ci doit toujours rester fort, indivisible, c’est-à-dire incarné et exercé par une seule autorité. Mais l’on sait aujourd’hui que le droit constitutionnel prévoit aussi que la démocratie puisse s’exercer dans le cadre d’un régime présidentiel où l’ensemble des pouvoirs est concentré entre les mains d’une seule personne, en l’occurrence le chef de l’ Etat.

À nos yeux donc, la démocratie la moins éloignée possible de notre conception du pouvoir et de la manière de l’exercer est celle que l’on peut mettre en oeuvre dans un régime présidentiel et qui se fonde sur un mode de scrutin mixte, c’est-à-dire comportant, dans des proportions à définir selon le contexte où l’on se trouve, une dose de proportionnelle et une autre de système majoritaire.

Une fois ces principes acceptés, les élections organisées et les résultats définitivement, proclamés, les vainqueurs doivent exercer le pouvoir en gardant à l’esprit cette culture africaine tout entière fondée sur la solidarité et le partage, dans le sens noble du terme, car il s’agit ici du partage non pas entre alliés politiques en déniant tout droit à l’opposition, mais bien au contraire, du partage du pouvoir avec l’opposition ! La formule pour le faire n’est sans doute pas aisée à trouver mais elle doit sûrement exister.

Et, quelle qu’elle soit, ses chances de succès résident une fois encore dans sa capacité à prendre en compte notre culture dont l’un des traits dominants est précisément de ne pas faire, en matière de gestion de la chose publique, une dichotomie entre le pouvoir et l’opposition. Autrement dit, entre ceux qui, pour avoir gagné les élections, sont appelés à gérer le pays, et ceux qui sont exclus de cette gestion pour avoir perdu ces mêmes élections.

En Afrique l’on fait tout ensemble : on travaille ensemble, on mange ensemble et on gère ensemble ! À chacun, bien entendu, de savoir occuper convenablement la place qui est la sienne et de jouer le rôle qui lui revient, dans l’intérêt de la communauté à laquelle il appartient.

Certes, d’aucuns pensent et disent même qu’une telle façon de faire risque de conduire à l’abâtardissement, voire à la négation même de la démocratie. Soit !

Pour nous, le principal aujourd’hui est d’imaginer et de mettre en oeuvre des modes de gestion sauvegardant la stabilité de nos pays et créant les conditions d’une construction nationale dans la sérénité.

Dans quelques décennies, quand la scolarisation aura accompli tous les progrès attendus et qu’à force de pratique nos partis politiques, leurs leaders et leurs militants auront appris à maîtriser correctement les mécanismes régissant le jeu démocratique, nous ferons de la vraie démocratie”. Ce sera la tâche de nos enfants, voire de nos petits-enfants, qui sauront mieux que nous, du moins nous l’espérons, qu’aux bénéficiaires des libertés et droits qu’elle accorde, la démocratie impose aussi des devoirs.

Non, les Africains ne sont pas a priori allergiques à la démocratie. Mais en la matière aussi, ils demandent tout simplement qu’il leur soit laissé le loisir de construire eux-mêmes ce système démocratique, certes dans le respect des droits et libertés de la personne humaine, mais aussi, et peut-être même surtout, en marchant à leur rythme et en tenant compte du contexte politique, économique, social et culturel dans lequel ils évoluent.

Le Niger dit oui à la démocratie, tout en se méfiant de cette démocratie qu’on lui a apportée, tel un prêt-à-porter.

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CONCLUSION

À la limite, nous aurions pu nous contenter de considérer la dernière partie de cette communication comme la conclusion à la présente étude. Néanmoins, il n’est pas inutile de préciser encore un certain nombre de choses.

D’abord, disons-le explicitement, l’essentiel de ce que nous avons développé ici, reste globalement valable pour la quasi-totalité des pays du continent africain.

C’est seulement par précaution que nous avons voulu nous limiter à notre pays pour ne pas donner l’impression d’étendre à l’ensemble de l’Afrique des expériences vécues localement.

En revanche, l’essentiel de ce qui se passe au Niger depuis la Conférence nationale et la manière dont une certaine démocratie y est pratiquée semblent fortement procéder d’une mentalité bien nigérienne, dangereusement “jusqu’au boutiste”.

En quelques années, ce pays a tout expérimenté et semble avoir partout échoué. Et l’espérance de vie des gouvernements est si faible qu’elle ne permet pas de placer dans une certaine durée les actions à réaliser au profit des populations. Par exemple, entre le 16 avril 1993, date de l’investiture du président Mahamane Ousmane, et le 24 novembre 1997, jour de la dissolution pure et simple de l’ensemble de l’équipe gouvernementale par le Président Ibrahim Maïnassara Baré, le Niger a connu pas moins de neuf gouvernements !

Plus généralement, un vaste malentendu semble s’installer entre gouvernants et gouvernés. En effet, bien que le mot dialogue soit constamment sur les lèvres des uns et des autres, l’expérience est là pour attester qu’en vérité les Nigériens ne dialoguent plus ; ils se chamaillent, essentiellement pour avoir oublié leur culture de compromis. Au mieux, ils se parlent sans s’écouter.

Cela dit, à nos censeurs, à tous ceux qui trop hâtivement nous condamnent quotidiennement pour ce qu’ils disent être chez nous une incapacité congénitale à animer normalement un régime démocratique, nous demandons de ne pas oublier que, non seulement la démocratie ne se construit pas en dix ans, mais encore qu’elle est un chantier jamais achevé. Eux-mêmes s’y sont engagés depuis fort longtemps et en sont aujourd’hui encore, sur cette gigantesque machine, à réajuster des pièces et à resserrer ici et là un certain nombre de boulons, parce qu’elle requiert un entretien permanent ainsi d’ailleurs qu’une adaptation périodique aux réalités trop mouvantes du monde moderne.

Enfin, nos censeurs ne doivent pas non plus oublier qu’à un moment donné de leur histoire, moment déterminé par eux- mêmes, ils auraient librement choisi de vivre en démocratie, un système politique inventé par eux ! Mais nous ?

Naturellement ils ont une excuse : au moment où eux-mêmes s’engageaient dans cette voie, d’autres régions du globe étaient encore inconnues. Chaque peuple vivant dans un relatif isolement pouvait alors prendre tout le temps qu’il lui fallait pour construire et expérimenter tout ce qu’il voulait, pour son bien. Mais de nos jours, la planète entière est devenue un village où aucune expérimentation isolée n’est guère possible. Le calendrier est le même pour tous et les peuples sont liés entre eux par un pseudo sentiment de solidarité dicté par le dernier-né des ogres, la mondialisation. Impitoyable, celle-ci impose le même rythme à tous les peuples et, dans cette marche à pas forcés, celui qui n’avance pas est condamné à rester au bord de la route. S’il ne crève pas !

Encore un mot et il concerne, lui, cette élite nationale dont on parle toujours et qu’on condamne souvent en rejetant sur elle la responsabilité des maux dont souffre le continent.

Sans être totalement infondé, pareil jugement demeure pour le moins sévère.

En tout cas, il demande à être nuancé. D’autant qu’il ne faut pas oublier que cette élite, en particulier celle qui s’est engagée dans le combat politique, se trouve elle-même en période d’apprentissage démocratique. Ne perdons pas de vue en effet que la majorité de ceux qui la composent n’ont connu, entre 1960 et 1991 par exemple, que deux types de systèmes politiques : deux régimes à parti unique, et un régime d’exception. Or, il va sans dire qu’en matière de démocratie pareils cadres de gouvernement ne peuvent être que des antimodèles.

Enfin, malgré les erreurs voire les fautes qu’ils commettent (et il y en a !), nos leaders politiques sont, dans l’ensemble, de bons patriotes et agissent généralement de bonne foi. En tout état de cause, à eux également, il convient d’accorder le droit à l’erreur tout en exigeant d’eux en retour humilité, réalisme, esprit de to1érar et sens du compromis. Des vertus d’autant plus indispensables qu’en démocratie, peut-être même beaucoup plus que dans tout autre système politique, au-delà des textes fondamentaux régissant l’organisation et le fonctionnement des pouvoirs publics, la qualité des hommes appelés à appliquer ces textes importe énormément.

Par contre, il y aune responsabilité qu’on n’évoque jamais, ou très peu : celle de nos partenaires du Nord qui ne peuvent pas il est vrai construire la démocratie chez nous et à notre place, mais qui sont largement en mesure d’aider à créer les conditions propices à une telle construction. De fait, cette Afrique qui s’engage dans la démocratie est dans une situation tout à fait comparable à celle d’une personne minée par la maladie, très affaiblie et dont l’état de santé requiert nécessairement une intervention chirurgicale. Or, en pareil cas, à moins de vouloir carrément achever le malade, les praticiens se doivent d’abord de le “retaper” comme on dit familièrement, c’est-à-dire de lui redonner des forces afin de le rendre apte à supporter, le moment venu, cette intervention.

Nos partenaires doivent donc nous aider à restaurer notre économie avant de se monter trop regardants sur le dysfonctionnement de notre démocratie. Dans le cas contraire, ils devraient se résoudre à nous laisser évoluer à notre rythme tout en détournant leur regard des traitements spéciaux que nous serions inévitablement amenés à infliger, de temps à autre, à cette démocratie. Oui, qu’elle soit voulue ou imposée, la démocratie a besoin, pour fonctionner convenablement d’un contexte économiqueet financier relativement prospère, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, dans la quasi-totalité de nos pays ; or, là réside aujourd’hui, le vrai problème !

Notes et Références


(1) Contre quatre portefeuilles dans le précédent et dernier gouvernement formé le 7 septembre 1987 par le général Seyni Kountché.
(2) En sa qualité de secrétaire politique du Conseil supérieur d’orientation nationale, le colonel Amadou Seyni Maïga était en fait le second personnage de l’ Etat.
(3) La première attaque de Tchin-Tabaraden a été perpétrée fin mai 1985 par une quinzaine de Touaregs qui tentèrent de s’emparer des locaux administratifs de cette localité, située à environ 500 km au nord-est de Niamey.
(4) Commission créée par la Conférence nationale elle-même pour traiter l’ensemble des dossiers relatifs aux crimes et abus politiques, économiques, sociaux et culturels commis au Niger depuis 1960.
(5) Pour l’évolution politique et constitutionnelle du Niger jusqu’en 1993 voir notamment l’ouvrage de Jean-Jacques Raynal intitulé Les Institutions politiques du Niger, Paris, Sépia, 1993, 334 p.
(6) Tandja Mamadou a été préfet du département de Tahoua dont relève l’arrondissement de Tchin-Tabaraden de septembre 1981 à mars 1988.
(7) En pensant sans doute à l’électorat qui est très majoritairement analphabète en français, les partis ajoutent souvent à leur appellation en français un mot en langue nationale plus facile à prononcer et à retenir. A eux trois donc, la CDS, le PNDS et 1’ANDP totalisent 46 des 50 députés qui vont soutenir la politique de 1’AFC à l’Assemblée.
(8) Parmi les médiateurs étrangers figurent Hubert Maga, ancien Président de l’actuel Bénin, Amadou Toumani Touré, ancien Président du Mali et Jacques Chirac, Président de la République française, qui s’est également entretenu en juillet 1995 d’abord avec Mahamane Ousmane à Yamoussoukro et ensuite avec Hama Amadou à Dakar.
(9) Le Sahel, quotidien d’information du 11 août 1995.
(10) Le Sahel du 1er février 1996.
(11) Le Sahel du 12 février 1996.
(12) II s’agit essentiellement de la constitution, de la charte des partis politiques et du code électoral.
(13) Déclaration devant l’Assemblée nationale, le 23 novembre 1997, p. 23-24.
(14) Le Sahel du 15 novembre 1997.
(15) Le Sahel du 8 février 1999.
(16) Note rédigée et envoyée aux plus hautes autorités nigériennes, en septembre 1995, par Pierre Mazette, président de la Commission des lois à l’Assemblée nationale française.

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