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Secrétaire général de la Rencontre africaine pour la Défense des droits de l’Homme (RADDHO)
La RADDHO remercie l’Ambassade d’Allemagne, l’Ambassade du Royaume Uni, Novib, la Fondation Fridriech Naumann et l’ACCT pour le soutien financier qui lui a permis d’observer avec succès le processus électoral de la présidentielle de l’an 2000.
I.- UN SCRUTIN IMPRÉVU ET NON PROGRAMMÉ
Le 2 ème tour du scrutin pourtant prévisible pour beaucoup d’observateurs de la scène politique sénégalaise (y compris la RADDHO) n’a pas été véritablement prévu par certains organes de régulation de l’élection, ni même par les textes. Ces « carences », à elles seules, constituent les indices les plus patents du nouveau paradigme de l’histoire politique, sociale et culturelle du Sénégal post-colonial. Cela n’a pas été sans incidences sur l’organisation du second tour qui a fait surgir de nouvelles interrogations sur :
l’organisation du face à face entre les deux candidats ;
la date de la distribution des cartes d’électeur non retirées au premier tour par leur destinataire dans les commissions regroupées ;
la composition des bureaux de vote (BV) du second tour ;
l’organisation du face à face : il faut reconnaître que c’est la véritable fausse note de cette campagne du second tour. C’est la télévision qui a signé le forfait ; il faut donc absolument sur la question, une réflexion qui doit fixer les modalités de l’organisation d’un grand débat démocratique entre les deux candidats comme point d’orgue de la campagne électorale ;
la distribution des cartes non retirées lors du 1er tour : ici c’est le parti socialiste qui a contesté au ministre de l’Intérieur le pouvoir de distribuer les cartes d’électeurs après n’avoir consulté que l’ONEL et le FRTE.
La loi électorale étant muette sur la question, la concertation entre les différentes parties devait être de rigueur. Le résultat de la contestation du Parti socialiste a été catastrophique car les cartes n’ont été distribuées que le jour du scrutin et c’est en fin de journée que le collectif des ONG a commencé à faire des communiqués de presse pour indiquer l’endroit des différentes commissions regroupées ; peu de cartes ont été retirées privant beaucoup de citoyens de la possibilité d’accomplir leur devoir civique ;
en ce qui concerne la nomination et la notification de la liste des membres des BV, c’est le candidat Me Wade qui a principalement soulevé la question lors du 2 ème tour de scrutin ;
le renouvellement de la composition des membres de BV a été fait conformément à la loi électorale. Ainsi la plupart des présidents ou des assesseurs qui ont été remplacés étaient carrents ou absents à l’exception de Rufisque où la presque totalité des membres de BV ont été remplacés.
La RADDHO a déployé 815 observateurs et 80 superviseurs sur le terrain qui ont été présents dans tous les départements du Sénégal. Ils ont observé dans 2108 bureaux de vote (soit 25 % des BV) le dépouillement de la RADDHO (cf. tableau n°1), constaté une légère baisse du taux de participation au second tour de scrutin (62,4 contre 60,74 %). Cette baisse est due sans aucun doute à la fête de la Tabaski et au pèlerinage à La Mecque.
Au deuxième tour de scrutin la RADDHO a également intégré dans les données la dimension genre et le dépouillement permet de constater que les femmes ont beaucoup plus voté que les hommes (49,46 % contre 50,53 %) Le taux de bulletins nuls est de 0,55 % au 2 ème tour de scrutin ce qui traduit une bonne maîtrise des opérations de vote, mais s’explique beaucoup plus par le fait qu’il ne restait que deux candidats ; la représentativité des femmes dans les BV est faible : président des BV : 93 % d’hommes et 6,55 % de femmes, absents 0,45 % ; assesseurs de BV : 53 % d’hommes et 42 % de femmes ; absents 5 % ; secrétaire de BV : 66 % d’hommes et 33 % de femmes ;absents 1 %.
Le deuxième tour du scrutin s’est déroulé de façon transparente, honnête et démocratique. La RADDHO se réjouit du fait que certaines de ses recommandations au 1er tour on été appliquées par les candidats. À l’école Franco Arabe du Point E, Me Wade a voté et a tenu sa conférence de presse en dehors du bureau de vote. La RADDHO se félicite également des efforts du ministère de l’Intérieur qui a allongé le tissu des isoloirs de manière à respecter le secret du vote dans certains centres de vote.
La vigilance des forces de l’ordre et la célérité avec laquelle elles ont agi pour rétablir l’ordre chaque fois qu’il y avait des accès de violence dans les centres de vote, méritent d’être soulignées.
La RADDHO rend un hommage mérité au ministre de l’Intérieur dont l’action a beaucoup contribué à réhabiliter l’image des agents de l’État. La Cour d’Appel et le Conseil Constitutionnel ont accompli leur mission avec compétence et dans une totale indépendance.
A.- Éléments négatifs du scrutin
Des centaines de cartes d’électeurs étaient entre les mains de militants du parti socialiste à Pikine et à Ndame dans la région de Diourbel.
Des enveloppes déjà apprêtées, avec un bulletin du candidat Abdou Diouf, on été trouvées à Pikine notamment à Dalifort et à Castor, mais la diffusion rapide de l’information par les radios a permis de faire les correctifs nécessaires.
Des provocations et des tentatives manifestes destinées à perturber le vote ont été également vite maîtrisées par les forces de l’ordre, notamment à Rufisque, aux Parcelles Assainies, à Mbacké, à Kaolack, etc.
B.- Attaques contre les journalistes
Dénoncés par des membres du parti socialiste comme les responsables du changement, les journalistes ont été insultés, molestés, battus ou tout simplement ont vu leur matériel confisqué. La RADDHO condamne vigoureusement cette attitude irresponsable comme une atteinte intolérable à la liberté d’expression.
C.- Une phase post-électorale euphorique
Pour la première fois dans l’histoire post-coloniale du Sénégal nous assistons à la réalisation de l’alternance par des élections libres, transparentes, démocratiques et honnêtes. Pour la première fois également, depuis l’expérience du multipartisme intégral en 1982, le président de la République en exercice et candidat à sa propre succession, est battu par son challenger et reconnaît 24 heures après la publication des résultats officieux sa défaite et félicite son adversaire. Cet acte altier, noble et démocratique, a fondamentalement sécurisé la phase post-électorale caractérisée par l’euphorie des partisans de Me Wade, mais aussi par le calme, la sérénité et la sauvegarde de la paix civile. Nous assistons ainsi à la clôture du cycle d’un processus démocratique original, marqué par une démarche fondamentalement endogène, chaotique et hésitante par moments, mais qui a abouti à ce qui peut être assimilé comme une révolution tranquille.
Cette révolution tranquille a été soutenue par une conjonction de forces structurées et non structurées, formelles et informelles, franchement hétéroclites mais toutes tendues vers le même objectif : l’organisation d’élections libres, honnêtes et transparentes. Parmi ces forces on peut citer : l’administration, et en tête le ministère de l’Intérieur, l’opposition, plus unie et plus structurée au sein du FRTE pour surveiller efficacement le processus électoral ; les journalistes qui ont joué merveilleusement leur rôle de chiens de garde(watchdogs) ; la société civile qui a joué un rôle fondamental dans les différentes phases du processus depuis l’inscription sur les listes électorales, le retrait des cartes, l’observation du scrutin, la résolution et gestion des conflits de même que la médiation entre les deux candidats ; enfin la plupart des jeunes mobilisés auprès des centres qui ont aidé des électeurs illettrés ou âgés mais également qui ont surveillé la transparence du scrutin Cette révolution tranquille est soutenue par l’émergence d’une culture citoyenne qui isole l’individu comme centre d’initiative et de décision, totalement libéré des comportements ataviques et grégaires contenus dans les archaïsmes et préjugés de l’aristocratie ceddo et maraboutique.

D.- Le décrochage de l’administration
Une des originalités de l’alternance au Sénégal, c’est qu’elle s’est réalisée avec la participation de l’administration dans l’organisation de l’élection présidentielle. Souvent liée au parti au pouvoir, l’administration a toujours suscité la défiance de l’opposition sénégalaise. Sentiment légitime au regard du rôle joué par l’administration lors des élections passées. Aujourd’hui, force est de reconnaître que l’on a assisté à un décrochage de l’administration par rapport au parti au pouvoir car, à de rares exceptions près, les préfets comme les forces de sécurité ont joué leur rôle correctement. L’intervention régulière de l’ONEL pour alerter, interpeller, corriger et même proposer des sanctions est pour beaucoup dans l’inculcation des normes républicaines à l’administration et aux citoyens récalcitrants. À l’issue de ce scrutin il est permis de constater que nous assistons progressivement au décrochage de l’administration par rapport au parti dominant, condition sine qua non de l’émergence et du développement de l’État de droit.

E.- Le rôle de l’ONEL
Par rapport aux commissions nationales indépendantes (CENI) et aux commissions nationales Autonomes (CENA) créées dans plusieurs pays africains pour superviser et organiser les élections, à la place d’une administration partisane, minée par la corruption, au Sénégal nous avons un organe original, l’Observatoire National des Élections qui a été crée en 1997. Les membres de l’ONEL nommés par décret présidentiel, mais totalement décroché du pouvoir, et jouissant d’une indépendance réelle ont donné la preuve de leur compétence, de leur efficacité et de leur impartialité. L’ONEL fait partie des expériences endogènes les plus originales de notre système électoral, malgré les attaques souvent injustes du FRTE, il faut reconnaître, avec le recul, que les membres de l’ONEL ont accompli leur mission avec succès.
Aujourd’hui, il conviendrait de renforcer l’autorité et les moyens de cet organe.
F.- Le rôle des médias
Le rôle des média a été multiforme et exaltant : les media ont joué un rôle fondamental d’alerte et d’information sur la fraude et sur la réaction des organisations de la société civile et des partis politiques, l’organisation de débats contradictoires sur les programmes des candidats, par des experts, des politologues ou simplement des lecteurs ou auditeurs. Les courants d’opinion des différents segments de la société se sont largement exprimés en français et en langue nationale. L’attitude du « Soleil » n’a pas fondamentalement changé et a peut être eu un effet boomerang contre le candidat Abdou Diouf.
Il faut également regretter que la télévision au lieu de montrer en direct l’explosion de joie des populations à la suite des résultats publiés par la presse et donnant Me Wade vainqueur ou d’organiser une soirée électorale, a préféré diffuser de la musique. Cela dit, la RTS a bien tiré son épingle du jeu.
G.- La société civile
Elle a joué un rôle essentiel dans la sensibilisation pour l’inscription sur les listes, le retrait des cartes d’électeurs et l’observation du processus électoral (qui a été essentiellement le fait de la RADDHO).
La société civile regroupée au sein du FACS a joué également une mission essentielle de gestion de la résolution des conflits entre les candidats et surtout d’intermédiation auprès des candidats qui a abouti à la signature par M. Abdou Diouf et Me Abdoulaye Wade de déclarations dont le but est la sécurisation de la phase post électorale.
La RADDHO rend hommage aux deux candidats pour leur disponibilité et leur confiance.
H.- Conclusions et recommandations
Le deuxième tour du scrutin a connu un épilogue euphorique grâce à la reconnaissance par Abdou Diouf de sa défaite et les félicitations qu’il a adressées à son adversaire Me Abdoulaye Wade. Il faut que ce comportement politique fonde une tradition chaque fois que tout le monde reconnaît que les élections sont transparentes et honnêtes - Il faut que le deuxième tour du scrutin fasse l’objet d’une approche plus rigoureuse : que les délais concernant la distribution des cartes de ceux qui n’ont pas voté au 1er tour soient fixés, que le renouvellement de la composition des membres de BV fasse l’objet d’une réglementation plus précise, de même que le délai de notification de la liste des membres de BV aux acteurs concernés ;
Il convient de renforcer la crédibilité de l’administration en la décrochant des fourches caudines du parti au pouvoir, en développant la culture du respect de l’État de droit et du respect des normes républicaines par l’intermédiaire de cadres appropriés (séminaires de formation, création de modules sur l’éducation aux droits de l’Homme, etc.) afin de disposer d’une administration compétente, neutre et impartiale ;
L’ONEL a bien rempli sa mission, il faut renforcer ses moyens logistiques et financiers ;
Les médias d’État : pour la régulation des médias il faut renforcer et élargir les compétences du Haut Conseil de l’Audiovisuel. Il faut lui attribuer un pouvoir de nommer et de destituer les directeurs de la radio et de la télévision d’État. Il convient également d’élargir ses compétences à la presse écrite. Le »Soleil » qui a roulé pour le candidat du parti socialiste était hors course ;
Il faut s’acheminer vers l’usage du bulletin unique qui est plus économique et qui protège mieux le secret du vote. On a remarqué dans beaucoup de bureaux de vote des mandataires de partis jetaient un coup d’oeil à la poubelle pour se faire une idée des tendances, non seulement cela viole le secret mais peut influencer l’électeur ;
La RADDHO recommande vivement que le droit de vote soit accordé à tous les citoyens sénégalais et surtout aux militaires et paramilitaires injustement privés de l’accomplissement de leur droit civique
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